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Rennes-le-Château en Occitanie

Rhedae (Rennes-le-Château)

Rhedae (Rennes-le-Château) Suite 1

Rhedae (Rennes-le-Château) Suite 2

Rhedae (Rennes-le-Château) Suite 3

Rhedae (Rennes-le-Château) Suite 4

Rhedae (Couiza)

Rhedae (Couiza) Suite

Rhedae (Montazels)

Rhedae (Espéraza, Caderone)

Nostradamus

Bérenger Saunière 1

Henri Boudet (Curé de Rennes-les-Bains 1872-1914)

Rennes-le-Château (Texte de 1905)

Rennes-les-Bains aux XVIIIe siècle

 
Clics 4862

 

NOTICES HISTORIQUES par Louis FÉDIÉ

(1880)

 

Ecrit manuscrit de l'Auteur

 

RHEDÆ

( Rennes-le-Château )

 

 

Borne de la Porte Est de Rennes-le-Château

 

RENNES-LE-CHATEAU (Aude - France) 

 

I

 

            Des documents historiques dont les plus anciens remontent aux dernières années du     VIII ème siècle, et parmi lesquels figure un acte conservé dans le Cartulaire du Capcir, font mention d'un territoire ou plutôt d'un diocèse situé dans la Septimanie, et qui s'appelle le Rhedesium ou Pagus Rhedensis. Ce diocèse avait une capitale. Quel était le vrai nom de cette capitale? Quelle était sa véritable position topographique? A quelle époque remonte sa création?

            Sur le premier point, la réponse est facile. Les deux prélats qui, en 798, furent envoyés par Charlemagne dans la Septimanie comme juges-commissaires, font mention de la cité de Rhedae qu'ils désignent en même temps que Narbonne et Carcassone. Mais cette simple, ainsi classée de la part des missi dominici au rang des cités importantes, n'a pas besoin de commentaire. Il s'agit bien d'une des principales villes de la Septimanie, qui ne pouvait être que la capitale du diocèse auquel elle avait donné son nom. Besse, l'un des historiens que l'on aime à consulter, est disposé à croire que, dans le courant du VI ème siècle, les évêques de Carcassonne, chassés de leur siège par les Ariens, établirent leur résidence provisoire à Rhedae. Voilàtout autant de preuves attestant, à une époque antérieure au VIIIème siècle, non-seulement l'existence, mais encore l'importance d'une cité qui était la capitale du Rhedesium.

            Quelle était la position topographique de cette cité, et à rechercher sa création.

            Nul historien n'a donné des indications sur l'origine, l'importance et le rôle historique de la ville de Rhedae. Sa fondation est tellement mystérieuse qu'elle semble avoir découragé les chroniqueurs et les archéologues. On ne lui a pas même fait l'honneur d'inventer une fable ou un récit légendaire pour expliquer ses commencements. Cette auréole populaire, empreinte de merveilleux, qui entoure le berceau de certaines cités de la Gaule Narbonnaise, et notamment de Carcassonne, lui fait complètement défaut. On dirait qu'elle est née d'une seule pièce et qu'elle n'a été découverte que quelques siècles après sa fondation. Nous trouvons l'explication de ce phénomène historique dans ce fait que la création de la capitale du Redesium est postérieure à l'occupation romaine, et antérieure à la constitution sociale qui commença à prendre corps dans la Narbonnaise, immédiatement après la conquête des Wisigoths. C'est ce qui explique les erreurs de certains commentateurs dont les uns nous représentent Rhedae comme un oppidum d'origine gauloise, tandis que d'autres attribuent sa fondation à une colonie romaine.

            La même erreur s'est produite chez certains historiens quand il s'est agi de déterminer l'emplacement exact qu'occupait la cité de Rhedae. Les uns ont prétendu qu'elle était située dans le pays de Chercorb ou Kercobz, d'autres l'ont placée à Rennes-les-Bains. Enfin on a émis l'opinion qu'il avait existé deux cités de ce nom dans la Gaule Narbonnaise.

            Nous allons essayer d'apporter la lumière dans ces ténèbres.

            Aucun des auteurs latins qui se sont fait les historiens de la conquête romaine dans la Gaule Narbonnaise n'a fait mention ni de Rhedae, ni du Rhedesium, c'est-à-dire d'un diocèse portant ce nom. Dans la chronique d'Eusèbe figure un passage où l'auteur s'est borné à parler d'un bourg portant le nom d'Atax qui paraît avoir été le berceau de la ville de Limoux. Du Mège, dans ses commentaires, émet, sous une forme dubitative, une opinion que nous ne saurions partager. D'après lui, certains centres de population situés dans la vallée de l'Aude pourraient avoir une origine gallohellènique, en ce sens que, à la suite de la création de comptoirs grecs sur le littoral de la Méditerranées, des colonies dans lesquelles se trouvaient mêlés l'élément indigène et l'élément étranger, aient été crées sur cette partie de la Narbonnaise. Nous n'aborderons pas ici la discussion sur l'opinion émise par Du Mège, opinion que nous sommes loin de partager. Nous nous bornerons à constater qu'il ne cite pas Rhedae parmi les localités qui, d'après lui, seraient d'origine hellénique.

            La fondation de Rhedae est-elle due à cette fraction de Volkes tectosages qui habitait les bords de l'Aude et que l'on appelait Atacins, du nom du fleuve Atax? Nous ne le pensons pas. Cette population clair-semée sur un sol ingrat, dans un pays couvert de vastes forêts de chênes, de chataîgniers et de sapins, n'auraient pas abandonné le fond des vallées si propre à la culture, qui leur offrait des abris commodes, et qui leur assurait des moyens faciles d'existence, grâce aux produits de la chasse et de la pêche. Elle n'aurait pas déserté ce territoire sur lequel les communications étaient faciles, et où l'on pouvait échapper aux poursuites des détachements des armées romaines, grâce aux grottes et aux cavernes dont le sol était couvert. Les Atacins n'avaient donc aucun avantage à établir un oppidum, village ou ville, sur un plateau élevé qui n'offrait ni facilité d'existence, ni sécurité.

            Nous venons de démontrer que la cité de Rhedae n'a pas été fondée par une population indigène, la tribu des Atacins ; qu'elle ne doit pas, non plus, sa création à une colonie gallo-romaine, et enfin qu'elle n'est pas d'origine gallo-hellénique. Cette ville a été construite par des étrangers, par des envahisseurs et des conquérants. Ces conquérants ne venaient pas des région du Nord ; trop  d'obstacles les auraient arrêtés dans leur marche, et ils n'auraient pas même essayé de surmonter ces obstacles pour venir occuper un coin de terre déshérité. Tout prouve, au contraire, qu'ils venaient du Sud, c'est-à-dire des régions Ibériques. Et puisque la cité de Rhedae existait lors de l'invasion des Sarrasins, elle n'a pu être fondée par ceux qui les avaient précédés sur le chemin de l'invasion des Gaules, c'est-à-dire par les Wisigoths. Nous sommes donc fondé à soutenir que Rhedae fut, à son origine, un oppidum wisigothique.

            Nous allons fournir quelques nouveaux arguments à l'appui de cette assertion.

            Les écrivains ne sont pas d'accord sur l'orthographe du nom que portait primitivement cette cité. Théodulphe, l'un des missi dominici de Charlemagne, l'écrivait Rhedae. Dans plusieurs chartes du moyen-âge on trouve Redae, puis Redde, et encore Reddas, et enfin Reda ou Rheda. Nous n'hésitons pas à adopter la version du savant évêque d'Orléans ; car le poëme dans lequel il relate sa mission dans la Septimanie équivaut à ce que nous appellons aujourd'hui un rapport officiel. En second lieu, le mot Rhedae a une signification que n'ont pas les autres variantes. Les Romains, dont les peuples modernes sont en ce point les imitateurs, enrichissaient leur langue en s'appropriant certains termes dont se servaient les nations avec qui ils étaient en rapport. Ainsi, d'après les auteurs latins, le mot Rhedae signifiait chariot de voyage. Nous adoptons cette traduction, et nous en tirons cette conséquence que le mot Rhedae porte avec lui sa signification et explique clairement l'origine de la cité à laquelle ce nom se rattache. Rhedae - les chariots de voyage - c'est-à-dire un campement, des maisons roulantes, espacées régulièrement, fixées à demeure sur un point choisi, et formant un oppidum de bois, de cuir et de toile, entouré de retranchements. C'est la cité à son début. C'est une ruche immense dont chaque habitant a porté, avec lui, son alvéole. Dans ses récits des temps mérovingiens, Augustin Thierry nous dit que les chars des Wisigoths étaient attelés de buffles. Ils étaient à quatre roues pleines et très-basses, pouvant passer par tous les chemins. C'étaient de vraies maisons roulantes faites de bois, de cuir et d'osier.  Ce grand historien ajoute que pour franchir les fleuves, comme pour remonter ou descendre le courant, les Wisigoths se servaient d'embarcations faites de cuir recouvrant des carcasses de roseaux ou bien d'osier, et qu'on pouvait transporter ces embarcations à dos d'homme.

            Quel est le point qui a été choisi pour la fondation de cet oppidum? c'est l'extrémité d'un vaste plateau qui domine au nord et au couchant les deux vallées de l'Aude et de la Sals, ces deux passages qui mettent le massif des Corbières en communication avec les Pyrénées.

            Au point de vue stratégique, l'emplacement d'un camp retranché, destiné à devenir un grand centre de population, ne pouvait être mieux choisi. Presque inabordable de trois côtés, ce camp pouvait être facilement défendu du côté du levant touchant l'immense plaine dite de Lauzet, dans laquelle pouvait se mouvoir une nombreuse armée. Les Wisigoths avaient appris à l'école des Romains, leurs ennemis, la castramétation, et nous en trouvons la preuve dans les dispositions du camp de Rhedae.

            Nous allons essayer de démontrer comment les Wisigoths furent amenés à établir leur premier campement aux lieux qui prirent le nom de Rhedae.

 

 

II

 

            Après avoir franchi le Summum Pyreneum, par le passage de la Cluse (Les Cluses), aujourd’hui le Pertus,  qu’avait traversé Annibal, et que Pompée avait décoré d’un de ses trophées, les Visigoths s’emparèrent, en 404, de la ville de Collioure, Caucoliberis, et firent la conquête du Roussillon, de cette contrée qui, quelques siècles auparavant, avait formé un territoire indépendant sous le nom de Pays des Sardons.

            Une fois  maîtres du Roussillon, ils pouvaient pénétrer dans la Gaule Narbonnaise par deux chemins.

L’un, situé le long du littoral, conduidait directement à Narbonne. L’autre qui remontait vers l’ouest, en suivant le cours de La Gly, traversait dans toute sa longueur le bassin enserré entre la dernière chaîne des Corbières et les premiers contreforts des Pyrénées, et aboutissait à la région montagneuse où commence aujourd’hui, avec la forêt des Fanges, le département de l’Aude.

            Le premier de ces passages, fortement défendu par les établissement militaires des Romains, devait offrir une sérieuse résistance, et ne pouvait être forcé que par une armée compacte et bien organisée, tentant directement une attaque sur Narbonne. Tandis qu’ils concentraient sur ce point leurs meilleures troupes, les Visigoths tentèrent de pénétrer, d’un autre côté, dans les Gaules par masses compactes. Ces masses ne formaient pas une armée, mais bien une foule innombrable plus ou moins armée, voyageant avec ses tentes, ses chariots, ses animaux domestiques. Cette marée humaine longea la chaîne des Corbières qui, du cap de Leucate, aboutit au pic de Bugarach,

 

 

                                                                  Le Pic de Bugarach (Aude)

 

                                                                                          Le Pic de Bugarach

 

et vint s’échouer à l’extrémité supérieure du bassin du Roussillon. Arrivée là, elle se divisa en deux tronçons dont l’un suivit la vallée de la Boulzanne qui va à Axat, en longeant le côté sud de la Forêt des Fanges, tandis que l’autre, franchissait le col de Saint-Louis, et suivant la vallée Arèse, dont il est souvent question dans les anciennes chartes sous le nom de valles arida, se dirigeait vers le nord, à travers ces plis de terrain où furent plus tard créés les village de Saint-Louis et de Saint-Just, et aboutissait à une immense plaine où fut établit le campement qui devint la cité de Rhedae.

            L’itinéraire que nous venons de retracer, pour marquer l’un des épisodes les plus intéressants de l’invasion des Wisigoths dans la Narbonnaise est le résultat de minutieuses investigations. Les études historiques et les travaux de statistique générale ont eu, dès le commencement de ce siècle, des adeptes aussi fervents que consciencieux dans le département des Pyrénées-Orientales. Une partie de ce département comprenant le Capcir, la Corbière de Sournia, le Pays de Latour et le Comté de Fenouillèdes, était enclavée dans le diocèse d’Alet. Ayant à nous occuper du Rhedesium, dont le diocèse d’Alet a occupé, plus tard, presque toute la superficie, nous avons dû rechercher tous les documents qui avaient trait à cette partie de la province du Languedoc. C’est ainsi que nous avons été amené à consulter avec fruit les travaux de géographie ancienne et d’archéologie qui concernent le département des Pyrénées-Orientales. Les limites tracées par la démarcation administrative doivent s’éffacer quant il s’agit de la recherche de faits historiques importants, se rattachant à une contrée aujourd’hui morcelée, mais dont l’unification remonte à moins d’un siècle. Nous avons dû, par conséquent, embrasser, dans ce travail d’ensemble, l’étude historique de tout le pays de Rhedae, sans nous préoccuper de la latitude départementale sous laquelle se trouve aujourd’hui placée une partie de cette contrée.

            D’un autre côté, nous avons considéré que le domaine de l’histoire s’agrandit de jour en jour. On ne se borne plus, aujourd’hui, à fouiller dans les livres et les chroniques qui parlent des nations depuis longtemps disparues. On ne se contente plus de passer au creuset de l’intelligence les légendes et les traditions, pour en extraire, simplement, la partie historique. On exhume du sol les vestiges du temps passé ; on étudies les ruines antiques, les squelettes des châteaux et des forteresses dont l’existence se perd dans la nuit du temps. L’esprit cherche à sonder les mystères de la création de ces monuments presque anéantis, mais que la main de Dieu semble avoir conservés afin qu’ils nous racontent, non pas les légendes, mais l’histoire des siècles.

            Tels sont les éléments qui nous ont servi pour reconstruire le passé de l’ancien Rhedesium. L’itinéraire suivi par l’invasion wisigothe est marqué par des vestiges de forteresses qui semblent autant de jalons destinés à marquer le passage de cette nation conquérante. La création  de ces forteresses dans le Rhedesium explique l’importance que devait acquérir la capitale de ce diocèse, comme l’importance de Rhedae explique à son tour l’établissement de ces châteaux-forts, sentinelles chargées de la garde du chemin qui conduisait de Rhedae en Ibérie (Espagne).

            Nous consacrerons, dans la suite de ce récit, une étude particulière à chaque de ces citadelles qui ont toutes joué un rôle important dans l’histoire. Nous nous bornons à les signaler dans cette première partie de notre travail qui se rapporte exclusivement à la création de la capitale du Rhedesium.

 

III

 

             Après avoir cherché a établir la direction suivie par une partie de la nation wisigothique pour envahir la région montagneuse de la Gaule Narbonnaise, nous allons assister à l’installation de cette peuplade sur le point où s’arrêtèrent les chariots de voyage.

             Lorsque, après avoir franchi le col de Saint-Louis, on aborde, ainsi que nous l’avons exprimé, les hauts plateaux qui, du côté du Nord, dominent la vallée Arèse et font face à la forêt des Fanges, on arrive bientôt dans une grande plaine sablonneuse, couverte de buis et de bruyères, qui, du village du Bézu, se développe sur une immense surface, et aboutit, vers l’ouest, après un parcours de huit à dix kilomètres, au pied du mamelon où s’élève le village de Rennes-le-Château. Là, le terrain se resserre entre deux collines, l’une au midi, complètement dénudée, l’autre au nord, sur laquelle est bâti le village. Ce terrain en surface plane est coupé par un ruisseau coulant de l’est à l’ouest. Ce ruisseau, alimenté par une source de caractère intermittent, est presque à sec pendant l’été ; mais en hiver, il met en jeu un moulin. C’est sur cet emplacement que se dressa le campement wisigothique, cet embryon d’une puissante cité. Les preuves abondent pour marquer exactement la place, ubi Troja fuit, comme dit le poète. Des restes de substructions éparpillés sous le sol, des briques à crochets et des tessons de poteries antiques qu’on en a exhumés, enfin des débris d’armes soulevés par la pioche, à certaines profondeurs, ne laissent aucun doute à cet égard. Naguère encore, l’an1878, un habitant du village de Rennes-le-Château, en faisant une tranchée pour la construction d’un mur, découvrit une large dalle qui, ayant été soulevée, mit à découvert une foule d’ossements humains. C’était un amoncellement de débris de squelettes enfermé sur les quatre côtés par de larges dalles posées de champ. La profondeur de cet ossuaire ne put être vérifiée, car on s’empressa de mettre en place les dalles qui en recouvraient l’orifice, tant est grand le respect qu’ont nos populations pour les sépultures (aujourd’hui le temps a bien changé). Le lieu où fut faite cette découverte, s’appelle en patois La Capello, la chapelle. Il y avait donc, sur ce point, un édifice religieux et un lieu de sépulture remontant l’un et l’autre à une haute antiquité.

            Si nous cherchons maintenant des preuves à l’appui de notre opinion sur l’origine wisigothique de la cité de Rhédae. nous en trouvons de diverses sortes.

            En premier lieu, quand on vient de Couiza, et qu’on a prit la petite route qui monte au village de Rennes-le-Château, et à mi-chemin, vous avez sur votre droite le lieu-dit de Roque fumade, où furent découvert  plusieurs tombeaux isolés ou groupés au fond d’une vallée, et affectant tous la même forme que la sépulture découverte au lieu-dit La Capello, c’est-à-dire composés de grandes dalles brutes juxtaposées, et dont les parois et le couvercle formaient une imitation des tombeaux mérovingiens. Or, l’érection des tombeaux mérovingiens qui existent dans le nord et dans le centre de la France remonte à une époque qui correspond à l’installation des Wisigoths dans la Narbonnaise.

            Nous avons remerqué, en outre, comme indice d’une origine wisigothique, la forme ovoïdale des fortifications qui entouraient la forteresse enclavée dans l’enceinte de Rhedae, et qui a été remplacée par le village actuel. Enfin nous trouvons une dernière preuve dans la similitude qui existait entre la citadelle de la ville de Rhedae et la cité de Carcassonne.

            Il est impossible de préciser quelle fut, dès le début, l’importance de l’oppidum appelé Rhedae. Néanmoins, on peut supposer, d’une manière assez plausible, que ses commencements ne furent pas aussi modestes que ceux de certaines cités et de certains centres de population qui s’appelèrent au moyen-âge, d’abord des villariae, puis des bastides, et dont l’éclosion et le développement ne se produisaient qu’à la longue, et souvent d’une façon bien restreinte. En effet, tout concourt à faire supposer que le campement des Visigoths fut, de prime-abord, un établissement de grande importance. Ce n’est point ici une poignée d’avanturiers ou de nomades qui viennent planter les piquets de leurs tentes et jeter les bases d’une cité qui mettra des siècles à se peupler. Ce n’était pas une ébauche de colonie tentée sur un sol plus ou moins hospitalier, avec le projet d’y attirer des habitants. La cité de Rhedae était peuplée avant d’être créée. Les chariots de voyage ont été dirigés sur ce point choisi d’avance, et les roues de ces chars se sont, pour ainsi dire, incrustées dans le sol. Les chefs wisigoths, qu’on se représente comme ces chefs de clans qui commandent de nos jours dans l’Herzégovine ou le Monténégro, ont dirigé leurs tribus vers ce plateau isolé, au milieu d’un massif montagneux, et y ont planté la pointe de leurs épées, pour en prendre possession. Cette conquête n’offre aucune analogie ni avec les procédés des légions romaines créant des colonies mixtes, mais où domine l’élément vainqueur, ni avec l’invasion des Vandales qui n’avaient pour but que le pillage et la destruction. C’était la migration d’un peuple qui venait greffer sa nationnalité vivace sur les restes de la race Gauloise, pour fonder cette nation gallo-gothique qui résista si longtemps à la domination romaine et puis à la puissance des Francs.

 

 

IV

 

La cité de Rhedae, la capitale du diocèse Rhedensis, est fondée. Quel sera son rôle dans l’histoire du midi de la Gaule? C’est ce que nous allons examiner.

Ce rôle fut sans doute de peu d’importance pendant les premières années de son existence, car pendant le cours du cinquième siècle, les Wisigoths, maîtres de Toulouse, dont ils avaient fait leur capitale, avaient étendu leurs conquêtes jusqu’au Rhône et jusqu’à la Loire. Quel rôle pouvait donc avoir un oppidum placé dans une contrée qu’aucun ennemi ne menaçait.? Comme place de guerre, il n’avait pas  une grande utilité. Comme agglomération d’habitants, il était loin d’offrir l’agrément de Carcassonne et de Narbonne, ses voisines. Ce ne fut, peut-être, pendant cette première phrase de son existence, qu’un vaste établissement, moitié camp, moitié ville, entouré d’une de ces défenses primitives faites de terre et de madriers plantés en pilotis, et semblable à ces villes improvisées qui naissent, de nos jours, dans certaines contrées de l’Amérique en 1880.

Ce ne fut qu’au commencement du sixième siècle que l’oppidum portant le nom de Rhedae se transforma en place de guerre complète.

Après la bataille de Vouillé, en 507, lorsque Clovis, mettant la question religieuse au service de son ambition, eut écrasé les Wisigoths, sous prétexte de combattre l’arianisme, les destinées de la Gaule furent complètement changées. La nation wisigothe fut refoulée au pied des Pyrénées, et la Gaule fut au pouvoir des Francs. La domination expirante des vaincus ne céda qu’après une lutte acharnée. De grandes bataillent eurent lieu dans cette vaste plaine qui s’étant entre Toulouse et Carcassonne ; car la première de ces cités était la métropole et la seconde l’un des principauxarsenaux d’Alaric II. Pendant l’année qui suivit la bataille de Vouillé, les échos des Corbières et de la Montagne-Noire entendirent souvent le farouche cri de guerre des soldats de Clovis répondre aux incantations qui, comme une mélopée antique, s’élevaient, aux heures du crépuscule, dans l’armée wisigothe. La montagne qui porte le nom du malheureux roi, la montagne d’Alaric, située aux environ de Lagrasse, vers Narbonnes, fut le dernier champ de bataille que défendit sans succès la nation vaincue : mais la lutte n’était pas finie.

Les Wisigoths avaient été refoulés en Espagne, mais en gardant un pied dans la Gaule. Ils conservaient, outre le Roussillon, un lambeau de la Narbonnaise. Ce lambeau se composait de tout le territoire qui s’étend au nord jusqu’à la Montagne-Noire, à l’est jusqu’au Rhône, à l’ouest jusqu’au fleuve Atax (Aude). Narbonne se trouvait être au centre de cette possession. Carcassonne était ville doublement frontière, puisqu’elle gardait les deux points extrêmes de la Gothie au nord et au couchant. Le royaume des Wisigoths eut pour capitale Tolède, la fière cité espagnole. Narbonne fut le chef-lieu de cette nouvelle province qui fut appelée Septimanie, et Carcassonne devint le siège de l’un des diocèses de cette province.

La chute de la domination wisigothe dans les Gaules fut l’aurore de la puissance de Rhedae. Placé sur une éminence qui commande la rive droite du cours supérieur de l’Aude et qui domine la vallée de la Salz qui est le grand chemin des Corbières, cet oppidum acquit, immédiatement, une grande importance comme gardien des marches et des frontières. Les Wisigoths en firent alors une de leurs places de guerre les plus importantes.

En 563, à la suite de guerres politiques, et aussi des luttes religieuses qu’avait provoquées l’hérésie des Sabellins, le roi Hilpéric, après avoir dépouillé deux de ses frères, devint maître d’un vaste territoire qui n’avait d’autres limites que le cours de l’Aude depuis les Pyrénées jusqu’à Carcassonne, puis la Montagne-Noire et les Cévennes, et enfin une ligne qui, partant des Cévennes, allait aboutir à la Méditerranée sur un point rapproché du port d’Agde, lequel se trouvait au pouvoir des Wisigoths. La province de Septimanie se trouva bien amoindrie par la conquête du roi franc.

Il est doncde toute évidence que, pendant le cours du sixième siècle, la Septimanie était bornée du côté du couchant par le fleuve Atax, et que, par conséquent, une ligne de défense dut être établie sur la rive droite de ce fleuve par les chefs wisigoths. Rhedae devint alors une importante cité. Elle fut entourée de remparts et flanquée de deux citadelles. Ce fut un des boulevards de la province, et elle devint le centre d’une région, le chef-lieu d’un diocèse qui porta son nom et qui s’appela le Rhedesium.

Mais Rhedae ne pouvait être un point isolé, chargé exclusivement de la défense d’une longue ligne de frontières, qui s’étendaient depuis Carcassonne jusqu’au coeur des Pyrénées. La rive du fleuve se garnit de forteresses qui étaient autant de dépendances de Rhedae.

Ces diverses places de guerre, tout en gardant les marches et les défilés, formaient autour de Rhedae une ceinture infranchissable. Elles couvraient le Rhedesium depuis les bords de l’Aude jusqu’au diocèse de Narbonne.

Quand on se rend compte de la situation faite aux Wisigoths à la suite des conquêtes de Clovis, quand on examine avec soin l’énergique résistance qu’ils opposaient pendant les VI ème et VII ème siècles aux entreprises des rois francs, afin de se maintenir sur ce lambeau de territoire qui s’appela la Septimanie, on comprend le rôle important que joua, à cette époque, la cité de Rhedae si bien placée pour la résistance.

Si  nous avions besoin d’une autre preuve pour faire ranger la cité de Rhedae au rang des cités importantes de la province, nous la trouverions dans le passage du poëme de Théodulphe que nous avons cité, et qui est ainsi conçu :

 

“ Inde revisentes te, Carcassona, Redasque

“ Moenibus inferimus nos, cito, Narbo tuis.”

 

La cité que le prélat visitait deux fois comme commissaire de l’empereur Charlemagne, et qu’il mettait au même rang que Carcassonne, devait occuper une place marquée dans la Septimanie.

 

“ Théodulphe lors de son voyage, fait l’éloge de Narbonne, qu’il met au dessus de celle d’Arles. Il se loue extrêmement de l’accueil que lui firent les habitants qu’il appelle ses parents (consanguineos). Ce prélat alla de cette ville avec ses collègues à Carcassonne, et de cette dernière à celle de Rasez (Redae) qui a donné son nom à une portion du diocèse de Narbonne, mais qui ne subsiste plus à présent. De la ville de Rasez les envoyés retournèrent à Narbonne où ils tinrent le plaid (Placitum) ou assemblée générale de la province, à laquelle se trouvèrent un très grand nombre d’ecclésiastiques et de séculiers. L’assemblée finie, les Commissaires prirent la route de Provence, et terminèrent leur commission à Cavaillon.”

 

 

V

           

            Nous allons, maintenant, reconstruire par la pensée la cité de Rhedae, et la présenter telle qu’elle fut à dater du VII ème siècle.

            La ville se développait sur une superficie que l’on peut comparer à celle que recouvre la ville de Carcassonne dans l’enceinte de ses boulevards. Elle était environnée d’une double enceinte de murailles. Elle était bordée au couchant par un précipice qui  en rendait l’accès impossible. Du côté du nord, elle se reliait, par une forte rampe, à une forteresse qui occupait l’emplacement du village actuel, et qu’on appelait Castrum Rhedarum ou Castrum de Rhedae. Le côté du levant, qui était le seul abordable, faisait face à une plaine immence qui s’étend à perte de vue, et dont la plus grande partie forme encore de nos jours une lande sauvage couverte de buis et de bruyères. Une seconde forteresse, dont il ne reste plus de vestiges, s’élevait du côté du midi, à une distance de cinq cents mètres environ des remparts. Cette forteresse était construite sur un mamelon de marne rouge qui porte un nom significatif. Ce mamelon qui domine la plaine environnante s’appelle le Casteillas, mot patois qui signifie grand château. Il était séparé de la ville par une profonde coupure de terrain formant un grand fossé irrégulier, dans lequel pouvaient se déverser les eaux du ruisseau qui traverse la plaine du levant au couchant.

            La cité de Rhedae possédait deux églises, l’une sous l’invocation de la Sainte-Vierge, l’autre sous le vocable de Saint-Jean-Baptiste.

            On peut se faire une idée approximative du chiffre de la population tant civile que militaire renfermée dans la cité et ses deux citadelles, par un élément d’approximation que nous a conservé une tradition locale consistant en ce fait que l’on comptait à Rhedae quatorze étals de boucherie.

            Des débris d’amphores et des médailles latines trouvés, autrefois, sur divers points du terrain où, d’après nous, cette ville était bâtie, prouvent que c’est bien sous la domination wisigothique qu’elle avait acquis son entier développement, au VI ème et au VII ème siècles. Les restes de substructions trouvés sur divers emplacements et la configuration du terrain sont aussi de puissants éléments d’appréciation pour se rendre compte des dimensions qu’avait cette importante cité.

            Un couvent de moines qui, d’après la tradition, était garni de moyens de défense, s’élevait près de l’entrée de la ville, du côté du levant.

            Le Castrum de Rhedae, la citadelle placée au nord de la ville, occupait tout le plateau sur lequel est bâti le village actuel. Seulement, le village offre de grands espaces déserts comprenant presque les deux tiers de la superficie du plateau. Ni le temps, ni la main des hommes n’ont rien changé à la forme de cette masse rocheuse qui, coupée et taillée en forme de cône tronqué, domine la plaine de tous les côtés. Les assises de rochers qui supportaient les murs d’enceinte ont résisté à l’action des siècles, et la régularité de leurs formes architectoniques prouve que les travaux dirigés par des hommes compétents sont venus en aide à la nature pour faire de ces rochers le soubassement d’une double enceinte de murailles. Les antiques bastions ont disparu, les fossés sont comblés, mais on voit intacte cette corniche colossale de marne rocheuse qui dessine l’ovale parfait des fortifications.

            Sur cette corniche, on remarque des restes de murailles qui sont peu anciennes, et qui remplacèrent, au XIV ème siècle, les antiques remparts, détruits alors en majeure partie.

            La citadelle avait deux entrées, l’une au levant qui ouvrait sur la campagne, l’autre au midi qui la mettait en communication immédiate avec la ville par une forte rampe.

            A l’exemple des villes romaines, les cités wisigothiques, même quand elles étaient places de guerre, étaient divisées en quartiers désignés suivant leur affectation spéciale. Elles constituaient alors souvent une ou deux villes dans l’enceinte de la ville, une ou deux citadelles dans la citadelle. Nous en trouvons un exemple dans la cité de Carcassonne. La citadelle de Rhedae était dans les mêmes conditions. Elle était divisée en trois quartiers qui existent encore dans le village actuel, et qui portent les mêmes noms traduits en patois. Le premier appelé Castrum valens, du côté du levant, s’appelle de nos jours Castel de balent. Le second, placé au midi, s’appelait Castrum Salassum, on l’appelle la Salasso. Enfin, le troisième désigné sous le nom de Capella s’appelle la Capello.

            Le premier quartier, appelé le Castrum valens, tirait son nom d’une porte, bastionnée et garnie de fortifications, placée à l’entrée de la citadelle du côté du levant, c’est-à-dire du côté le plus exposé aux attaques de l’ennemi, car il faisait face à la plaine. Il est facile, en visitant les lieux, de retrouver les traces du Castrum valens, du château-fort.

            Ce que l’on appelle aujourd’hui la Salasso, est une place, une aire à battre le grain, formant plateforme et communiquant, du côté du midi, par un talus fortement incliné avec la plaine où la ville était bâtie. En grattant le sol, on trouve à la Salasso des couches de maçonnerie qui indiquent qu’il existait sur ce point un autre château-fort. La tradition locale affirme l’existence de ce fort qui mettait la ville en communication avec la citadelle. Cette tradition ajoute qu’après la destruction de la ville, la citadelle, qui était en bon état de défense, dura plusieurs siècles, que le fort de la Salasso contenait un magasin à poudre, et que pendant un siège, le feu ayant pris au magasin à poudre, l’explosion entraîna la destruction de tout un quartier et d’une partie des remparts.

            Enfin, on remarque, dans le troisième quartier appelé la Capello, les vestiges d’une ancienne église.

            Les fortifications qui entouraient la citadelle de Rhedae n’ont pas complètement disparu. Sur certains points de l’antique enceinte, les assises de roc vif qui ont conservé leurs aspérités supportent quelques pans de murs formés de pierres de taille cubiques, à six faces, mesurant 24 ou 25 centimètres de côté. Une seconde enceinte construite avec des matériaux semblables, s’élevait à quelques pas de la première, mais on en retrouve à peine quelques traces. C’est tout ce qui reste des fortifications primitives de la citadelle wisigothe. La première enceinte a été reconstruite après la guerre des Albigeois, et une partie de ces nouvelles murailles existe encore se soudant, par places, à quelque lambeau des remparts wisigoths.

            Une fontaine souterraine, qui a la forme d’une citerne, a sa source sous les remparts du côté du nord ; elle ne tarit jamais.

            Tel est le tableau que nous offre, dans le passé, la principale citadelle de Rhedae qui, à cause de son importance, formait une seconde cité à côté de la première. C’était la ville haute dominant la ville basse et pouvant la défendre et la protéger efficassement.

            Quant à la seconde forteresse qui existait sur le mamelon qui porte le nom de Casteillas, la tradition ne nous a rien conservé. Nous savons seulement que lors de la destruction de Rhedae, l’ennemi s’empara d’abord du Casteillas et dirigea, de ce point élevé, ses attaques sur la ville.

 

 

 

            Vue panoramique sur le Casteillas et le sud des Pyrénées

 

 

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