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Histoire

 

SAINT-GUILLEM-DU-DESERT

40 ème Aïeul de Léonie DARSONVAL  du côté paternel

 

 

 

I

 

A quelques kilomètres de Montpellier, entre Aniane et Lodève, on trouve une vallée riante qui forme une sorte d’oasis au milieu d’un pays âpre et sauvage. De hautes montagnes couvertes de plantes aromatiques l’entourent de toutes parts, et la dérobent aux yeux du touriste. La vigne et l’olivier croissent dans la plaine, et rendent le paysage aussi riche que varié. A la seule extrémité accessible, coule l’Hérault, qui, resserré entre deux rochers, s’élance avec fracas d’une assez grande hauteur. Ses eaux, dans leur course rapide, font jaillir une écume bleuâtre qui reçoit du soleil l’éclat d’une poussière transparente et dorée ; plus bas, devenues calmes et limpides, elles réfléchissent l’azur des cieux et les teintes plus sombres des rochers. Un pont jeté d’un bord à l’autre sur deux énormes masses calcaires taillées à pic joint le désert à la fertile plaine d’Aniane ; on l’appelle le pont de Saint-Jean de Fos. Le lieu décrit se nommait autrefois « Gellone » ; il porte aujourd’hui le nom de Guillem du Désert.

         A l’entrée de cette vallée, et comme pour faire contraste avec la culture qui atteste partout la main de l’homme, s’élève une antique abbaye à moitié ruinée, et au-dessus de cette abbaye, un château féodal dont il reste encore moins de vestiges. Le monastère a eu pour fondateur le duc Guillaume. On ignore par qui fut bâti le château ; il nous paraît à peu près contemporain de l’abbaye.

         Voici deux légendes que la tradition a conservées jusqu’à nous sur les lieux qui viennent d’être décrits.

         Guillaume, duc de Toulouse, et parent de Charlemagne, célébré par les poètes du moyen âge sous le nom de Marquis-au-Court-Nez, pacifia l’Aquitaine, et la défendit contre les Sarasins d’Espagne. Après d’aussi glorieux travaux, il aurait pu goûter en paix les charmes du repos ; mais son esprit était trop actif pour se complaire en une molle oisiveté ; il voulut, à la gloire d’un conquérant, joindre celle d’un pieux fondateur d’abbaye. La solitude de Gellone lui ayant paru  favorable à son projet, il résolut de s’y fixer.

         Au IX siècle, Gellone était un désert aride, couvert de buis, de chênes et de sapins ; les ronces y étendaient partout une luxuriante végétation ; et il n’avait pour habitant qu’un géant à forme humaine, dont les meurtres et les déprédations répandaient au loin la terreur. Un poème du moyen âge le dépeint ainsi :

         « A travers le pays, se démène un géant horrible à voir, également cruel pour les femmes et les enfants : quand il les surprend, il les étrangle ; quand la faim le presse, il les mange... Il rôde à travers rochers et montagnes, et toute la contrée est tranblante d’effroi. Le païen a quatorze pieds de stature ; sa tête est monstrueuse ; ses yeux sont grands et ouverts. Il a déjà tué dans le jour quatre hommes qui n’ont pas eu le temps de se confesser, et un abbé avec sept de ses moines. Il est armé d’une massue si bien ferrée, qu’un homme, quelle que fût sa force, ne  la soulèverait point sans se rompre les nerfs. »

Le duc Guillaume, qui, pour être moine, n’avait point oublié qu’il était gouverneur d’Aquitaine, fit sommer le monstre par deux hérauts d’armes de venir lui faire hommage de son château. Le géant répondit par des bravades. Le duc emporté par son courage lui offrit alors le combat ; mais le félon lui fit répondre qu’il l’attendait dans son castel, et qu’il ne ferait pas un pas vers lui.

Le duc vit le piège, et ne s’y laissa pas prendre : ne pouvant employer la force, il eut recours à la ruse.

Un jour qu’il rôdait autour du Verdus (c’était le nom le nom du château du géant), il vit venir à lui une jeune fille qui portait un vase sous le bras, et allait puiser de l’eau à la rivière.

- A qui appartenez-vous ? lui dit le duc.

- Beau sire chevalier, répliqua la jeune fille, je suis au service de monseigneur le géant.

Une pensée soudaine traversa l’esprit de Guillaume.

- Maudit soit le géant ! s’écria-t-il ; car sa soif le perdra !...

Et s’adressant à la servante :

- Vous allez changer d’habits avec moi, et, ce faisant, vous me rendrez un service dont vous serez largement récompensée.

- Mais, beau sire, mon maître me tuera.

- Il sera mort avant de pouvoir le tenter.

La jeune fille n’osa pas résister ; elle se retira derrière un quartier de roche. Guillaume lui passa une à une les pièces de son armure, et en reçut en échange les grossiers vêtements dont il s’affubla. Cela fait, il attendit que la nuit fût venue ; puis il prit le vase sous son bras, et à la faveur de son déguisement, il s’introduisit dans le château.

Mais, à ce moment, son projet faillit échouer par une circonstance qu’il n’avait pu prévoir. Une maudite pie le reconnut, et aussitôt elle se mit à crier :

- Gare Guillem ! Gare Guillem !...

Le géant, qui ne se doutait pas que le danger fût si proche, courut à une des fenêtres pour observer les dehors du château. Au même instant, Guillaume saisit le monstre par les pieds, et le précipita sur les rochers où il se brisa.

Quant à la pie, le saint voulut aussi la punir. Il prononça contre elle un anathême qu’il étendit à toutes les pies de la contrée. Les vieillards du pays assurent que depuis lors, elles ne peuvent jamais y vivre plus de trois jours.

 

 L'abbaye de Gellone

 

II

 

         Délivré de son ennemi, Guillaume construisit son monastère, et le château du Verdus en devint une de ses dépendances. Cependant l’esprit du mal n’avait pas entièrement disparu avec le géant. Guillaume, qui allait souvent visiter son ami saint-Benoît au couvent d’Aniane, voulut construire un pont sur l’Hérault, au lieu ordinaire de sa traversée ; mais là encore, il trouva le génie malfaisant qui tenta de s’y opposer. Le diable veillait dans les ténèbres, et renversait la nuit ce que l’homme de Dieu avait édifié à grand’peine pendant le jour. Celui-ci ne se décourageait pas : il espérait à force de constance faire lâcher prise à Satan. Il n’en fut rien : la nuit venue, des sifflements se faisaient entendre, et tout-à-coup un grand bruit annonçait que l’oeuvre de la journée avait disparu dans le gouffre. Guillaume se lassa de cette lutte sans fin ; il appela le diable en conférence, et fit un pacte avec lui. Il en obtint qu’il pouvait construire son pont, à condition que le premier passager lui appartiendrait. Le saint, plus rusé que Satan, fit connaître le marché à tous ses amis pour les en préserver ; puis il lâcha un chat qui le premier traversa le pont, et dont Satan fut bien forcé de se contenter.

         Depuis ce temps, dans ce pays, les chats appartiennent au diable, et le pont à saint Guillem.

 

* Légendes et traditions populaires par A. DEBEAUFORT*

 

*

 

 

Guillaume Duc de Toulouse (Saint-Guillem-du-Désert)

 

Fin du VIII siècle et début du IX siècle

 

L’assemblée de Worms examina la conduite de Chorson, duc de Toulouse, qui ayant été trouvé coupable, fut destitué de son gouvernement en punition de sa lâcheté et de sa félonie. Guillaume fut nommé en même temps à sa place. C’est tout ce que l’historien contemporain de Louis le Débonnaire nous apprend des circonstances de la déposition de Chorson, qu’un historien « moderne », sur l’autorité d’une pièce visiblement supposée, prétend avoir été encore en place six ou sept ans après.

         Guillaume, duc de Toulouse ou d’Aquitaine dont nous parlons, est le même que celui que sa sainteté éminente autant que sa valeur est ses exploits contre les Sarasins ont rendu si célèbre dans la postérité. Il y a divers romans qui ont couru sous son nom, savoir « le connétable Guillaume au Court-nez, le charroi de Nismes, le moinage de Guillaume , etc... » Ces ouvrages ont célébré ses vertus militaires et ont débité bien des fables sur son compte, que plusieurs historiens modernes ont adoptées avec trop de facilité : mais il n’y a pas besoin de recourir à des monuments si suspects pour être instruits de ses actions, tandis qu’il en existe plusieurs autres beaucoup plus solides, sur lesquels ils se sont fondés uniquement sur ce qu’il sera rapporté de lui.

         Guillaume nâquit sous le règne de Pépin le Bref. Il était fils du comte Théodoric et d’Aldane. Son père était proche parent et de la race même de ce prince ; mais nous ignorons le degré de leur parenté, et ce n’est que par conjecture qu’un historien « moderne », prétend que Pépin le Bref était oncle paternel de Théodoric père de Guillaume. D’autres croient qu’Aldane mère de ce dernier était fille de Charles Martel, et que de là vient la parenté du duc Guillaume avec Charlemagne ; mais outre que ce sentiment est destitué de preuves, un historien contemporain de Bernard, fils de ce duc, fait entendre que cette parenté venait du côté paternel.

         Théodoric, père de Guillaume, que d’autres appellent mal-à-propos Aymeric, servit utilement Charlemagne dans ses guerres contre les Saxons, durant lesquelles il eut le malheur d’être défait l’an 793. Il paraît qu’il avait un duché ou gouvernement général au-delà du Rhin : mais aucune preuve ne fut trouvée qu’il ait été duc de Septimanie, comte, et encore moins vicomte de Narbonne, comme l’ont avancé quelques historiens, sans aucune autorité solide.

         Théodoric et Aldane, son épouse se rendirent encore plus recommandables par leur piété que par leur naissance : ils donnèrent à Guillaume leurs fils une éducation chrétienne. Charlemagne le prit à sa cour dans le temps qu’il était encore fort jeune, et l’honora successivement de la charge de comte du palais et de capitaine de la première cohorte de sa garde. La bravoure et la dextérité de ce jeune seigneur, autant que sa bonne mine, sa taille avantageuse et son corps robuste, propre à soutenir les fatigues de la guerre, le firent élever aux honneurs militaires, et la sagesse de sa conduite jointe à une grande capacité dans les affaires lui méritèrent les principales places dans le conseil du roi qui lui confia diverses commissions importantes.

         L’auteur de la vie de Guillaume prétend que les Sarasins avaient fait une irruption dans la Septimanie et les provinces voisines, qu’ils les ravageaient impunément, qu’ils y avaient pris plusieurs places, fait mourir un grand nombre de chrétiens, et en avaient emmené un plus grand nombre en captivité, quand Charlemagne voulant repousser ces infidèles au-delà des Pyrénées, choisit ce seigneur, de l’avis unanime de son conseil, pour cette glorieuse expédition ; et que pour lui faire plus d’honneur, il l’investit alors de toute l’Aquitaine. Cet auteur ajoute que Guillaume étant parti de la cour, prit un corps de troupes d’élite, se rendit d’abord dans la Septimanie, qu’il passa ensuite le Rhône, et alla mettre le siége devant Orange qu’occupait alors Thibaud roi des Sarasins ; que s’étant rendu maître  de cette ville après divers combats, il l’unit à son domaine ; et qu’enfin après avoir continué la guerre contre ces infidèles durant plusieurs années, et remporté sur eux un grand nombre de victoires, il les chassa entièrement de toutes les provinces dont on lui avait confié le gouvernement : mais ce récit, dont l’auteur, d’ailleurs respectable, ne vivait que plus de deux cents ans après, paraît presqu’entièrement fabuleux.

         L’histoire de cette prétendue expédition du duc Guillaume est en effet opposée à ce que nous ont laissé des actions de sa vie les auteurs contemporains ; car quoiqu’il soit certain que Charlemagne le fit duc de Toulouse ou d’Aquitaine après la destitution de Chorson, on sait cependant sur le témoignage d’un historien du temps, que ce fut dans des circonstances différentes. Quelle apparence y a-t-il d’ailleurs que dans le temps que ce prince et le roi Louis son fils tenaient les Sarrasins resserrez au-delà des Pyrénées, et qu’ils remportaient sur eux de fréquentes victoires, ces infidèles aient fait une irruption assez considérable pour se rendre maître de la Septimanie, d’une partie de l’Aquitaine et de la Provence, et qu’ils y aient fixé leur demeure, sans qu’aucun de nos anciens historiens en ait fait mention ? Il est vrai qu’au rapport d’Eginhard, les Maures ou Sarasins d’Espagne tentèrent quelquefois d’infester les côtes de la Narbonnaise ou du Languedoc et de la Provence sous le régne de Charlemagne : mais cet auteur nous apprend en même-temps que ce prince prévint toutes leurs entreprises, et qu’il les rendit inutiles par le soin qu’ils eut de munir les côtes de bonnes troupes : en sorte que sous son régne ils n’osèrent rien entreprendre de considérable de ce côté-là. Nous savons de plus que ces infidèles firent une tentative du côté de Narbonne quelques années après et que Guillaume leur livra bataille : mais outre que l’armée de ce duc fut défaite, il ne paraît pas que dans cette occasion ni dans aucune autre sous le régne de Charlemegne, ils aient poussé plus loin leurs excursions dans les Gaules. On doit donc mettre au rang des fables le prétendu siège d’Orange sur Thibaud roi des Sarasins, inconnu à tous les anciens historiens, et bien plus encore l’union de cette ville au domaine particulier de Guillaume contre l’usage des fiefs établi alors en France. Au reste il peut se faire que ces infidèles en exerçant leur piraterie sur les côtes de la Narbonnaise sous le gouvernement de Guillaume, aient fait des courses jusqu’à Orange par les embouchures du Rhône, et que ce duc les aient repoussés et chassés du pays. Cet évènement aura pu fournir la matière aux auteurs du Roman de Guillaume au Court-nez et de la prétendue histoire du siège d’Orange par ce seigneur, qu’ils auront ornée de toutes les circonstances fabuleuses qu’ils ont imaginées. C’est de cette fable si célèbre parmi nos vieux Romanciers que quelques modernes peu versés dans la critique ont voulu tirer l’origine des armes des seigneurs ou princes d’Orange, qui étaient un cornet de chasse, par allusion au surnom de « Cort-nez » que ces mêmes romanciers donnent à Guillaume. Quoi qu’il en soit, il paraît que la première expédition que ce duc entreprit après sa nomination au duché de Toulouse, fut la guerre qu’il fit aux Gascons rebelles.

         Ces peuples qui avaient occasionné par leur révolte la destitution de Chorson et l’élèvation de Guillaume à ce gouvernement, n’eurent pas plutôt appris ce qui venait se passer à la diete de Worms (Germanie), où leur duc Adalaric, auquel ils étaient fort attachés, avait été proscrit, qu’ils reprirent les armes. Guillaume qui en qualité de duc de Toulouse avait la principale autorité dans le royaume d’Aquitaine sous le roi Louis le Débonnaire, se mit aussitôt de son côté en état de réprimer leurs entreprises ; et ayant assemblé les troupes de  son gouvernement, il marcha vers leurs pays, et réussit enfin à mettre la paix parmi eux autant par son habileté que par sa valeur : c’est tout ce que les anciens historiens nous apprennent des circonstances de cette expédition : ils ajoutent seulement que Guillaume trouva les Gascons extrêmement irrités de la proscription de leur duc ; et comme il employa la négociation pour pacifier les esprits, nous avons lieu de croire qu’une des conditions de la paix fut qu’Adalaric serait rétabli dans le duché de Gascogne. Nous verrons en effet dans la suite que ce duc fut rappellé de son éxil, et qu’il rentra dans la possession de ses états.

 

Comté de Narbonne

 

         Guillaume duc de Toulouse ou d’Aquitaine avait une autorité supérieure dans ce comté de même que dans tous les autres qui composaient le royaume d’Aquitaine : mais il ne posséda jamais le comté particulier de Narbonne, occupé de son temps par Milon, ensuite par Magnarius, et après ce dernier par Sturmion. On prétend aussi que Guillaume était en même temps duc de Septimanie ou de Gothie c’est faux. Il étendait cependant son autorité sur la Septimanie comme faisant partie de son duché d’Aquitaine, et il la défendit contre les Sarasins qui entreprirent d’y faire une nouvelle irruption.

         Issem « le Sarasin », après avoir vaincu ses frères et soumis toute l’Espagne à sa domination, résolut de porter ses armes en deça des Pyrénées et de ravager les Gaules. Il n’eut pas plutôt reçu avis du départ de Louis le débonnaire à la tête des troupes d’Aquitaine pour l’Italie, qu’il fit marcher une armée sous le commandement du général Abdelmelec, avec ordre d’entrer dans la Septimanie. Ce général Sarrasin après s’être mis en campagne, ravagea d’abord la Catalogne à la Marche d’Espagne soumise aux français, après quoi ayant passé les montagnes, il marcha vers Narbonne dont il brûla les faubourgs, désola tous les environs, et emmena un grand nombre de prisonniers. Abdelmalec était dans le dessein de traiter de même toute la province et d’y porter le fer et le feu : il avait déjà pris la route de Carcassonne quand il rencontra au passage de la rivière d’Orbieu le duc Guillaume campé de l’autre côté en ordre de bataille. Ce duc sur le bruit de la marche des infidèles, avait ramassé à la hâte les troupes de son gouvernement, et avait été joint par les comtes ou marquis qui commandaient sur la frontière, lesquels après avoir tenté inutilement d’arrêter les progrès des armes des Sarasins s’étaient battus en retraite. Le duc et Abdelmelec ne furent pas longtemps en présence sans en venir aux mains. Guillaume donna le signal et attaqua le premier les infidèles qui soutinrent le choc avec beaucoup de valeur, et repoussèrent les Français. Ceux-ci se défendirent pendant quelques temps, mais ils furent enfin taillés en pièces et leurs généraux obligés de prendre la fuite. Guillaume fut le seul qui tint ferme ; quoique abandonné des comtes ou officiers et de presque toutes ses troupes, il soutint tous les efforts des infidèles et abattit à ses pieds un de leurs généraux. Ce duc fit dans cette occasion des prodiges de valeur : mais accablé par le nombre et se trouvant presque seul au milieu des ennemis, il se retira heureusement avec ce qui lui restait de troupes après avoir fait acheter bien chèrement auxSarasins le champ de bataille dont ils demeurèrent les maîtres.

         Quelques géographes placent dans leurs cartes le lieu où cette bataille se donna, aux environs de Lagrasse (Aude) sur les bords de l’Orbieu. Cette rivière qui prend sa source dans les montagnes du diocèse de Narbonne les plus voisines de celles des Pyrénées, passe en effet sous les murs de cette abbaye et se jette dans l’Aude après un cours d’environ dix lieues du pays : mais il est vraisemblable que cette action se passa vers la vallée de Villedaigne (Vallis Aquitanica) (Aude) située sur la route nationale de Narbonne à Carcassonne et traversée par l’Orbieu ; le chemin du côté de Lagrasse étant  long et plus difficile à cause des fréquentes montagnes dont il est coupé. Les historiens contant de nous marquer que cette bataille se donna l’an 793 de Jésus-Christ ont omis de nous apprendre le jour et le mois.

         Les actions de valeur que fit Guillaume durant la bataille d’Orbieu ont donné sans doute l’origine aux fables de nos vieux Romanciers au sujet de ce duc, de même que l’affaire de Roncevaux au roman du fameux Rolland. Une ancienne chronique rapporte ce combat de Guillaume contre les Sarasins à l’an 791 ce qui a fait croire sans doute à un de nos historiens que ce duc se battit aussi contre ces infidèles dans la Septimanie durant cette même année ; mais il est évident que le combat dont cette chronique parle sous l’an 791 et toutes les autres sous l’an 793 n’est qu’une seule et même action.

 

Siége et prise de Barcelonne par Louis le Débonnaire, roi d’Aquitaine

 

         Louis proposa à l’assemblée le dessein qu’il avait d’aller faire le siége de Barcelonne, pour lequel il avait déjà fait de grands préparatifs ; ce qui fut généralement applaudi. Ce prince partit de Toulouse d’abord après la fin de la diete et se mit à la tête d’une puissante armée composée d’Aquitains,de Gascons, de Goths, de Bourguignons, de Provençaux et de Bretons. Il partagea ses troupes en trois corps : le premier eut ordre de marcher sous la conduite de Rostaing comte de Gironne (Catalogne Espagnole) qu’il chargea su siège de la place. Il envoya le second corps au-delà de Barcelonne pour soutenir l’attaque, et empêcher les assiégés de recevoir du secours du côté d’Espagne. Ce corps était commandé par Guillaume duc de Toulouse, premier porte-enseigne de la couronne, lequel avait sous ses ordres le comte Ademer et plusieurs autres seigneurs de marque. Louis à la tête du du troisième corps alla camper dans le Rousillon pour être à portée de secourir les deux autres selon le besoin.

 

                 Les murailles de Gironne (Espagne)

 

                                                                                       Les remparts de GIRONNE

 

                               Les murailles de Gironne (Espagne)    Les murailles de Gironne (Espagne)

 

 

 

 

         Rostaing eut à peine investi Barcelonne, que les assiégés envoièrent en diligence à Cordoue demander du secours au roi Alhacan, qui après avoir heureusement terminé la guerre qu’Addalla et Zuleiman ses oncles lui avaient suscitée, régnait alors paisiblement sur les Maures d’Espagne. Ce prince fit aussitôt marcher une armée qui s’avança au secours de cette ville à leur arrivée à Sarragosse (Espagne) qu’un corps de troupes était prêt à leur disputer le passage, ils levèrent aussitôt le piquet ; et n’osant hasarder un combat, tournèrent leurs armes du côté des Asturies, pour se dédommager sur les terres des Chrétiens des frais de leur armement. Le roi Alphonse averti de leur marche, tomba sur eux dans le temps qu’ils pensaient le moins, les défit entièrement et les tailla en pièces.

         Le duc Guillaume qui commandait l’armée d’observation, voyant que les Sarasins avaient pris la fuite, et qu’il n’avait rien à craindre de leur part, alla joindre le corps d’armée occupé au siège de Barcelonne. Les troupes Françaises redoublèrent alors leurs efforts, et gardèrent si exactement les lignes de circonvallation, que les assiégés ayant consumé toutes leurs vivres, et n’en pouvant recevoir du dehors, ils furent obligés, pour ne pas mourir de faim, d’avoir recours aux aliments les plus vils, et jusqu’à manger du cuir. Plusieurs d’entr’eux, dévorés par la faim, et préférant la mort à une vie misérable, se précipitèrent du haut des murs. Malgré cette affreuse extrémité, les Sarasins loin de ralentir leur courage, continuèrent à se défendre avec beaucoup d’opiniatreté, dans l’espérance que la rigueur de l’hiver obligerait les assiégeants à abandonner leur entreprise : l’évènement ne répondit pas à leur attente. Les François résolus de continuer leurs attaques jusqu’à la réduction de la place, firent des barraques autour de leur camp, pour s’y loger pendant cette saison, ce qui déconcerta les assiégés.

         Les généraux Français voyant enfin que la place ne pouvait pas tarder à se rendre, en donnèrent avis au roi d’Aquitaine toujours campé dans la Roussillon, afin qu’il eut la gloire d’une si importante conquête. Ce prince partit aussitôt et arriva au camp devant Barcelonne avec son corps d’armée mais ce ne fut enfin obligée de capituler. Les Sarasins qui composaient la garnison, livrèrent à Louis, Hamur leur gouverneur et rendirent la ville à ce prince, à condition qu’il leur accorderait la liberté de se retirer où bon leur semblerait. La capitulation conclue, les troupes Françaises se saisirent des portes de Barcelonne, où Louis différa d’entrer pour le faire d’une manière digne de sa piété. Il y fit son entrée quelque temps après en pocession, à la tête de son armée précédée du clergé, qui chantait des hymnes et des cantiques spirituels depuis le camp jusqu’à l’église de la Sainte-Croix, où ce prince offrit un sacrifice d’actions de graces pour la prospérité de ses armes. Cela fait, il confia le gouvernement de cette ville au comte Bera, et y mit une nombreuse garnison composée uniquement de Goths, c’est-à-dire des peuples de la Septimanie et de la Marche d’Espagne. C’est ainsi que cette importante place, que les Sarasins avaient possédée pendant quatre-vingt dix années de suite, vint enfin au pouvoir des Français après un siége de sept mois à compter depuis que Louis l’avait fait fait investir, et de près de deux ans depuis qu’elle avait été bloquée par son ordre. Il est vrai que les gouverneurs Maures avaient auparavant reconnu quelquefois la souveraineté des rois de France, et qu’ils s’étaient déclarés leurs vassaux ; mais ce n’était que pour se maintenir sous leur protection dans l’indépendance des émirs ou rois de Cordoue ; en sorte qu’ils réglaient leur soumission sur leurs intérêts. Mais depuis que Louis le Débonnaire eut conquis cette ville, elle demeura toujours soumise à la à la couronne de France, et nos rois y furent reconnus pour souverains sans interruption jusqu’au régne de Saint-Louis.

         Après cette heureuse expédition Louis retourna en Aquitaine où il passa le reste de l’hiver. Il avait déjà décampé quand il apprit que Charlemagne craignant pour lui la longueur du siége de Barcelone, et voulant en accélérer la prise, lui envoyait un renfort considérable sous la conduite du roi Charles son fils. Sur cet avis Louis dépêcha un exprès à son frère qui le rencontra à Lyon, pour le remercier de son secours et lui apprendre la prise de cette ville ; ainsi Charles rebroussa chemin et alla rejoindre l’empereur son père. Il parait que Louis suspendit pour quelque temps la guerre contre les Sarasins et qu’il passa les deux années suivantes dans ses états sans se mettre en campagne, et où il jouit du fruit de la paix qui régnait sur les frontières d’Espagne.

 

Guillaume duc de Toulouse fonde l’abbaye de Gellone

ou de Saint-Guillem du Désert (Hérault)

 

L'abbaye  

 

         Louis le Débonnaire était principalement redevable de cette paix à la valeur et à la conduite de Guillaume duc de Toulouse qui, depuis la prise de Barcelone (Catalogne espagnole), veilla avec soin à la garde de cette frontière, tint les Sarasins resserrés au-delà de leurs limites, et les empêcha de rien entreprendre. Ce duc que sa vertu rendait encore plus recommandable que ses exploits, était exact jusqu’au scrupule à remplir les devoirs de sa charge. Il faisait observer les lois, rendait lui-même la justice, et avait un soin particulier de pourvoir aux besoins des pauvres, et de protéger les veuves et les orphelins dont il était le défenseur contre l’oppression des Grands ; ce qui lui attirait l’estime et l’affection de toute sorte de personnes. Les monastères, et surtout ceux qui avaient été ou fondés ou rétablis par Charlemagne, se ressentirent de sa protection et de sa libéralité. Il aimait tendrement les religieux lui-même. Pour laisser à la postérité un monument de son affection envers eux, il résolut de fonder un nouveaux monastère : dans cette vue il chercha un lieu écarté et propre à la vie contemplative. Les montagnes du diocèse de Lodève lui parurent très favorables à son dessein. Il s’y rendit ; et après avoir pénétré dans la gorge d’une de ces montagnes longue et étroite, au milieu de laquelle l’Hérault se précipite, il la parcourut du Midi au Nord et trouva enfin entre des rochers affreux une petite plaine coupée par un ruisseau d’eau vive qui se jette dans cette rivière, couverte de quelques arbres qui lui donnaient une agréable fraîcheur, ce qui avait sans doute fait donner à cette vallée le nom de Gellone.

 

                   Le Cloître de l'abbaye de Saint-Guillem du Désert

 

         Guillaume trouvant cet endroit conforme à ses souhaits, fit mettre aussitôt la main à l’oeuvre, et commença le bâtiment du nouveau monastère avec les ouvriers qu’il avait amenés exprès. Il prit lui-même le cordeau, planta les piquets, et traça dans cette petite étendue de terrain les lieux réguliers et les officines conformément à la règle de Saint-Benoît. Son premier soin fut ensuite de faire travailler à la construction de l’église qu’il fit paver de marbre et dédier au Sauveur. Telle est l’origine de l’abbaye de Gellone qui subsiste encore aujourd’hui dans le même endroit depuis plusieurs siècles, avec l’église bâtie par le duc Guillaume. On lui a donné le nom de Saint-Guillem du Désert, à cause de son fondateur et de sa situation solitaire. On a bâti dans la suite tout autour de son enceinte des maisons qui forment une petite ville composée de deux paroisses.

 

                  L'abbaye

 

 

Généalogie de la famille du duc Guillaume

 

 

         Tandis qu’on élevait les fondements de ce monastère, Guillaume chercha dans ceux des environs, des religieux pour l’habiter. Celui d’Aniane situé dans la plaine à quatre milles du désert de Gellone lui en fournit, et Benoît qui en était abbé, voulut bien se charger de la conduite de cette nouvelle maison, sans pourtant abandonner le gouvernement de la sienne. Les bâtiments de l’abbaye de e Lodève, Gellone étant achevés, Guillaume la dota d’une manière également digne de sa piété et de ses richesses. Il lui assigna par une charte plusieurs terres dans les diocèses de Maguelonne, d’Albi et de Rodez, et par une autre charte il la mit sous la dépendance de celle d’Aniane, et la discipline de Benoît abbé de cette dernière. Ces deux chartes sont datées du dimanche 15 décembre de la 34 ème année du régne de Charlemagne et la 4 ème de son empire, c’est à dire de l’an 804 ce qui nous fait comprendre qu’on ne comptait le régne de ce prince dans la Septimanie que depuis la mort de Carloman son frère à qui cette province était échue en partage.

         C’est par ces anciens monuments (manuscrits) et non par des romans fabuleux que nous apprenons la véritable généalogie de Guillaume duc de Toulouse ou d’Aquitaine. Suivant ces deux chartes il était fils de Théodoric et d’Aldane qui étaient déjà décédés. Il avait trois frères, savoir Theudoin, Adalelme et Théoderic, et deux soeurs, Albane et Berthe ; il avait épousé deux femmes, Cunegonde et Guitburge dont il avait eu une fille nommée Helimbruch et plusieurs enfants mâles, savoir Bernard, Witcharius et Gaucelme ; il avait outre cela un neveu ou petit-fils (Nepos) appellé Bertran.

         Les deux soeurs de Guillaume, qui n’avaient pas voulu s’engager dans le mariage et faisaient profession de piété, lui demandèrent avec instance de vouloir les consacrer au Seigneur dans quelque endroit voisin de l’abbaye de Gellone qu’il venait de fonder. Ce duc pour seconder leurs voeux, leur fit bâtir une maison à vingt pas du monastère dans l’endroit où est aujourd’hui la paroisse de Saint-Barthelemy, où elles embrassèrent la vie religieuse. Leur attira bientôt des compagnes, dont elles formèrent une communauté qui se perpétua dans la suite. L’abbé de Gellone recevait la profession de ces religieuses, dont la maison subsistait encore dans le XIII siècles sous le pontificat de Clément IV. Ces deux soeurs moururent à Gellone après s’être sanctifiées par la pratique de toutes les vertus religieuses et les exercices d’une vie laborieuse et pénitente. On voit encore leur tombeau dans l’église de l’abbaye à la Chapelle de Notre-Dame où il est élevé et posé sur quatre piliers. C’est de ces deux dignes soeurs qu’a tiré sans doute son nom un lieu du diocèse de Lodève situé à une lieue de Gellone, appelé « le Pech (pique) des deux Vierges », soit qu’il fit partie de leur patrimoine ou qu’elles l’aient peut-être habité avant que de se retirer à Gellone.

         Le duc Guillaume eut encore un autre fils nommé Herbert, à qui l’empereur Lothaire fit arracher les yeux, et une fille religieuse nommée Herberge, que ce prince fit jetter dans la Saône, et qui peut-être n’est pas différente d’Helimbruch dont nous avons fait mention. Le comte Wala frère de saint-Adalard, abbé de Corbie, épousa une fille de ce même duc qui était peut-être la même qu’Helimbruch ou Herberge. Outre tous ces enfants on donne à Guillaume une fille nommée Berthe femme de Pepin roi d’Aquitaine, et un autre fils de son nom. On croit cependant que ce dernier n’est point différent de Gaucelme dont nous avons déjà parlé.

 

Guillaume duc de Toulouse embrasse l’état monastique

dans son abbaye de Gellone

 

L'église

 

Il y a lieu de croire que Guillaume duc de Toulouse se trouva à la diete (assemblée) de Thionville avec les autres comtes du royaume d’Aquitaine. Nous savons en effet que l’empereur l’appela vers ce même-temps auprès de lui pour des affaires importantes. Guillaume entreprit d’autant plus volontiers ce voyage, qu’outre qu’il lui procurait la satisfaction de revoir sa patrie et ses parents après une longue absence, il pouvait sans crainte s’éloigner de son gouvernement, les Sarrasins étant alors hors d’état de rien entreprendre sur la frontière. Ce duc fut accueilli très gracieusement par Charlemagne. Après avoir passé quelques temps à la cour de ce prince, il prit un jour la liberté de lui ouvrir son coeur et de lui communiquer le dessein qu’il avait formé de quitté le monde et de se retirer dans le monastère de Gellone pour y passer le reste de ses jours dans les exercices de la vie monastique. L’empereur qui faisait un cas particulier de ce seigneur, et qui le regardait comme l’un des plus fermes appuis de l’état, tant par les services qu’il avait déjà rendus, que par ceux qu’il était capable de rendre dans la suite, fit d’abord difficulté de consentir à l’exécution de son dessein : mais enfin persuadé qu’il venait de Dieu, il y acquiesça, et lui donna à son départ, outre de riches présents, plusieurs reliques considérables pour le monastère de Gellone, entr’autres une portion de la « vraie Croix » que le patriarche de Jérusalem lui avait envoyées depuis peu. Guillaume après avoir obtenu l’agrément de ce prince et surmonté les oppositions de ses parents et de ses amis qui traversaient également son dessein, se mit en voyage après s’y être disposé par des aumônes considérables et donné la liberté à plusieurs de ses serfs. Il passa par l’Auvergne dont les peuples étaient soumis à son gouvernement ; et s’étant rendu à Brioude, il y donna une marque éclatante de son renoncement au monde dans l’église du célèbre martyr Saint-Julien, qui comme lui avait été homme de guerre. Il rit avec se prosterna devant son tombeau, y fit sa prière ; et après y avoir déposé sa cuirasse et son bouclier, qu’il y offrit avec plusieurs autres présents, il alla dans le vestibule de l’église et y pendit son arc armé d’une grande flèche, son carquois et son épée ; cérémonie fort usitée dans son siècle.

         Guillaume avait jusqu’alors voyagé en grand seigneur ; mais depuis qu’il eut fait à Dieu un sacrifice volontaire de ses armes, il marcha en pélerin, et arriva enfin en cet équipage au diocèse de Lodève. A son entrée dans ce pays il se lit nu-pieds, se revêtit d’un cilice, et portant dans ses mains le précieux morceau de la vraie Croix dont l’empereur lui avait fait présent, il continua son chemin vers le lieu de sa retraite. L’abbé et les religieux de Gellone avertis de son approche, allèrent en procession au-devant de lui ; ce qui fit soufrir sa modestie ; ils le conduisirent ainsi au monastère où il fut revêtu de l’habit religieux le jour de Saint-Pierre le 29 juin de l’an 806.     

 

                

 

         Guillaume eut à peine embrassé ce nouveau genre de vie, qu’il effaça également de son esprit et son coeur tout ce qu’il avait été dans le monde, et ne se regarda plus que comme le dernier de ses frères. Il devint bientôt un modèle de régularité et de vertu par son exactitude dans la pratique de la règle, par son humilité et sa pénitence, et l’exercice des offices les plus bas et les plus humiliants ; en sorte qu’on peut dire qu’il fit plus de bien à sa maison par son exemple et la réputation de ses grandes vertus, que par ses magnifiques présents et les terres considérables qu’il lui donna. Il eut soin d’en faire achever les bâtiments, en quoi il fut secondé par les libéralités de ses deux fils Bernard et Gaucelme et des autres comtes du voisinage. Le chemin qui conduisait à Gellone, situé d’un côté entre des rochers fort escarpés, et la rivière d’Hérault de l’autre, étant également étroit et raboteux, Guillaume entreprit avec les autres religieux d’en tailler un nouveau dans le roc. Il en vint heureusement à bout, et le rendit praticable l’espace d’une petite lieue après des travaux immenses ; et par l’élévation qu’il lui donna, il le mit à couvert des inondations ordinaires de la rivière. Il s’appliqua aussi à cultiver les environs du monastère autant que la nature du terroir et la situation d’un lieu plein de rochers pouvait le permettre. En un mot il n’est point de travail pénible et abject qu’il n’entreprit pour mortifier son corps et humilier son esprit. A cette vie laborieuse et pénitente qu’il continua pendant six ou sept ans, il joignit un parfait mépris des biens présents et passagers, et un désir ardent des biens futurs et éternels. Guillaume mourut dans ces pieux sentiments au milieu de ses frères le 28 mai de l’année 812 ou de la suivante. C’est ainsi que finit ses jours ce grand personnage, plus illustre encore par l’éclat de sa vertu et de sa sainteté, que par celui de sa haute naissance, de ses dignités et de ses exploits militaires. Il fut d’abord inhumé à la droite du grand autel de l’église de Gellone du côté de l’épître où l’on voit encore aujourd’hui son caveau, sur lequel le culte public qu’on lui rendit bientôt après, donna lieu d’ériger un autel en son honneur. Cet autel fut consacré au XI siècle, et on y exposa dans le suivant ses reliques renfermées dans un cercueil ou châsse de plomb. Les religieux voulant dérober ce précieux trésor à la fureur des Calvinistes, qui en 1568 se rendirent maîtres de leur abbaye, le cachèrent alors secrétement sous le grand autel où il fut trouvé en 1679. Il paraît par la grandeur d’un bras de ce saint qu’on conserve dans ce monastère dans une châsse particulière qu’il devait être d’une taille extraordinaire. L’abbaye de Gellone n’est connue depuis longtemps que sous le nom de Saint-Guillem du Désert ; nom que son fondateur et sa situation ont fait donner, ainsi que nous l’avons déjà remarqué.

         Le roi d’Aquitaine et Charlemagne son père ressentirent également la perte qu’ils faisaient d’un général des plus sages et des plus expérimentés par la retraite de ce duc. Le premier, qui lui avait toujours donné des marques particulières de son estime et de sa bienveillance, confirma à sa demande toutes les donations que lui ou d’autres avaient faites au monastère de Gellone. Guillaume profès et avait déjà, comme porte la charte de Louis, préféré l’humilité et la pauvreté de Jésus-Christ aux charges les plus brillantes du palais de Charlemagne et aux plus grandes richesses, quand il demanda cette confirmation. Le roi d’Aquitaine pour témoigner le cas qu’il faisait de ce comte à cause de son attachement et de sa fidélité inviolables, auhmenta considérablement les biens du monastère de Gellone par la donation qu’il lui fit en même temps de plusieurs terres situées tant dans le diocèse de Lodève que dans celui de Béziers. Il lui donna entr’autres dans ce dernier domaine appelé Miliacus, avec le lieu et l’église de Saint-Pergoire et deux villages dont le comte Gotzelme son envoyé ou commissaire avait marqué les limites avec des croix gravées sur la pierre. Cette charte de Louis est datée de Toulouse, le 28 décembre, la XXVII ème année de son régne en Aquitaine et la VIII ème de l’empire de Charlemagne, c’est-à-dire de l’an 807 de J.C. ce qui fait voir que Louis ne comptait les années de son régne en Aquitaine que depuis la fête de Pâques de l’an 731 qu’il fut couronné roi à Rome ; et que ce prince passait quelquefois l’hiver à Toulouse, outre le séjour qu’il y faisait ordinairement dans la belle saison pour la tenue de l’assemblée générale du royaume d’Aquitaine.

 

                                      

 

 

                             

 

                            

 

                       

 

                       

 

                          

 

                        

 

                      

 

                      

 

                       

 

                      

 

 

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