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LES SARRASINS DANS LE LANGUEDOC

 

 

Fond de page,

La bataille de Poitiers

 Tableau de C. STEUBEN (1837) 

 

 

 

RUFFUS FESTUS dans son abrégé de l’Histoire Romaine écrit, que l’Espagne contient six Provinces : Tarragone, Cartagène, Portugal, Galice, la Bétique ou l’Andalouse, et au delà  de la mer en Afrique la Mauritanie, appellée jadis des Romains TINGITANA, à cause de la ville de Tanger. Le petit livre qui contient la notice des Provinces, décrit cette Mauritanie Tingitana, avec ces paroles : « Tingitana trans fretum quod ab Oceano infusum terras intrat inter Calpem et Abylam ». Ce sont deux montagnes que l’on appelle communément les Colonnes d’Hercules. Aujourd’hui cette contrée est le Royaume du Maroc ou de Fez. Tout ainsi que les Romains avaient uni cette Province de Mauritanie à l’Espagne, ayant voulu qu’elle fut gouvernée par le magistrat qui avait la charge d’administrer l’Espagne, que l’on nommait Vicarius Hispaniarum : de mêmes les Goths s’étant rendus maîtres de l’Espagne, joignirent cette Province de Mauritanie à leur Royaume ; d’où vint la perte de l’Espagne ; d’autant que cette Province étant au delà de la mer en Afrique, le roi des Visigoths avait accoutumé d’y envoyer un Gouverneur, ou Vice-roi pour en avoir l’administration. Et au temps que Roderic, dernier roi des Visigoths était d’Espagne, un nommé Julien, en était Gouverneur, les habitants de laquelle sont nommés MORES (Maures) ; d’autant que ladite Province est nommée MAURITANIE.

Les Mores (Maures) sont aussi appelés SARRASINS, bien que les Sarrasins soient des peuples bien éloignés de la Mauritanie. Car Pline au chapitre vingt-huitième du livre sixième de son Histoire naturelle met les Sarrasins entre les peuples qui habitent l’Arabie, et Ptolomée en sa Géographie décrivant l’Arabie heureuse partie de l’Asie dit : que les Sarrasins habitent cette partie de l’Arabie heureuse qui se trouve près des montagnes ; mais Amian Marcellin nous témoigne que de son temps le nom des Sarrasins s’étaient tellement étendu, que sous ce nom étaient compris les Scénites. Et Theophile Symocate au chapitre premier du livre septième de son Histoire de l’Empereur Maurice nous assure, que déjà du temps dudit Empereur tous les Arabes étaient appelés Sarrasins.

Les Sarrasins ne sont autres que Mahometans, lesquels se nomment ainsi d’autant qu’ils se disent être descendus de SARA, femme légitime d’Abraham, voulant par ce moyen ôter le blâme qu’on leur donne d’être descendus d’une concubine d’Abraham nommée Agar. C’est pourquoi les Chrétiens les nomment « Agareni », ou enfant d’Agar : comme écrit Zozomene au chapitre trente-neuvième du livre sixième de son Histoire ; duquel il nous apprend que les Sarrasins ne gardaient pas les loix et traditions de Moïse en la forme que le peuple Hébreu avait accoutumé de les observer. Et d’ailleurs ils quittèrent la loi de Moïse, et se rendirent idolâtres, adorant à l’époque principalement Vénus, laquelle ils nommaient « Chabar » : ainsi qu’a remarqué Euthymius Zozogabenus au livre qu’il a écrit contre la doctrine de Mahomet.  Quelques temps après les Sarrasins se firent Juifs, et ne suivirent point la religion Chrétienne que jusqu’au temps de l’Empereur Théodose le jeune, et ce fut alors que leur roi nommé Zocome se fit baptiser : ainsi qu’a écrit le susdit Historien Zozomene.

 

« Les  Sarrasins ou Arabes étaient des peuples d’Asie dont la puissance était montée alors presque à son plus haut point. Elle avait commencé vers l’an 608 de Jésus-Christ quand le faux prophète Mahomet, Arabe lui-même de naissance, leur donna une loi qu’il avait fabriquée à sa fantaisie. Les disciples de cet imposteur qu’il attira d’abord en grand nombre, prirent le nom de Musulmans, c’est-à-dire de croyant ou sectateurs de la loi. Quelques Arabes n’ayant pas voulu se soumettre à la doctrine de ce faux prophète, s’élevèrent contre lui et le chassèrent de la Mecque où il avait établi sa résidence ; ce qui arriva le 16 juillet de l’an 622 de Jésus-Christ, époque célèbre pour les Mahometans qui comptent depuis cette fuite ou persécution de Mahomet qu’ils appellent l’hégire, les années de l’ère qui leur est propre.

Mahomet après avoir été chassé de la Mecque, se retira à Médine dans l’Arabie, où il fixa sa demeure, et où ses sectateurs, dont le nombre augmentait de jour en jour, le reconnurent pour leur maître, pour leur seigneur et pour chef de leur religion. De là ce nouveau prince et ce prétendu pontife étendit sa domination dans toute l’Arabie qu’il soumît par la force de ses armes et par la violence. Ses successeurs prirent le titre de Califes avec celui de « d’Emir-al-moumenim » dont on a formé en Europe le nom de Miramamolin.  Les courses qu’ils continuèrent de faire après Mahomet leur prédécesseurs, furent si heureuse et leurs conquêtes si rapides, qu’ils ruinèrent ou soumirent en fort peu de temps l’empire des Perses (Iran), et enlevèrent aux empereurs de Constantinople, la Syrie, l’Egypte et la Palestine, ce qui les rendit maîtres des ville d’Antioche, de Damas, de Jérusalem et d’Alexandrie.

Les Arabes ayant ensuite pénétré en Afrique l’an 647 de Jésus-Christ sous leur Calife Othman, en conquirent une grande partie sur les Romains ou sur les Maures. La plupart de ces derniers embrassèrent la secte de leurs vainqueurs et passèrent ensuite avec eux d’Afrique en Espagne, ce qui fait que nos historiens appellent indifféremment ces infidèles : Maures, Sarrasins ou Arabes : la plus grande partie de ceux qui abordèrent sur les côtes d’Espagne étaient effectivement Maures de naissance. On les nomma aussi Agaréniens (Agareni) ou Ismaëlites, parce que les Arabes prétendent descendre d’Ismaël fils d’Agar, servante d’Abraham. Les califes de ces peuples , après avoir fait de grands progrès de côté et d’autre, transférèrent leur siège de Médine (Arabie-Saoudite) à Damas (Syrie) l’an 661 de Jésus-Christ et gouvernèrent leur empire par des Emirs, c’est-à-dire des lieutenants qu’ils envoyèrent dans les provinces. »

 

 

Mais d’autant que ce peuple était léger et inconstant, et par ce moyen susceptible de toutes religions : il arriva que le prophète Mahomet, ayant été chassé de la ville de Mecca (La Mecque) par ses habitants, à cause qu’il leur prêchait une nouvelle religion, fut contraint de s’enfuir en Arabie, où non seulement il fut reçu, mais encore lui fut permis d’étaler sa doctrine, laquelle il commença de publier le seizième jour du mois de juillet de l’an de Jésus-Christ 622, qui est le temps de sa fuite ; duquel jour et an les Sarrasins ont commencé de compter leurs Hégires Mahometans : ainsi qu’ont remarqué tant l’Escale en ses canons Isagogiques, que Zetus Calvisius en son Isagoge Chronologique, bien que Anastasius Bibliothecarius ai remarqué que ce fut ledit jour seizième de juillet 622, auquel an et jour, Mahomet mourut : depuis lequel temps les Hégyres ont commancés comme il dit dans les fragments de son Histoire Ecclésiastique, rapportés par Simburgius en son livre appellé Sarracenica. Autre chose est l’an des Arabes, duquel Isidore Evêque de Badajos, et Roderic Archevêque de Tolède en l’Histoire des Arabes se servent pour leur supputation de l’Histoire des Rois de cette nation : car l’an des Arabes ne commence qu’en l’an des Espagnols 555, qui est l’an de Jésus-Christ 625 : ainsi qu’il est dit dans l’Histoire dudit Isidore Evêque de Badajos lors qu’il parle de Recarede, et Sizenande roi des Visigoths. D’où  l’on remarque que les Hégyres prennent leur commandement du jour que Mahomet fut chassé et s’enfuit de la Mecque, et l’an des Arabes du jour que Mahomet fut déclaré Roi des Arabes : lesquels ans ne se peuvent entièrement se rapporter aux nôtres ; d’autant qu’ils sont composés de douze mois lunaires, et nôtre an est réglé par le cours du soleil, et départi en douze mois.

 

 

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COMMENT, ET EN QUEL TEMPS

 

Les Mores ou Sarrasins se rendirent Maîtres de l’Espagne.

 

 

Souvent les Sarrasins avaient tentés d’envahir l’Espagne : et que mêmes durant le règne de Wamba, Roi des Visigoths, premier Comte de Redae dans le Razès, ils armèrent une flotte de deux cent soixante dix vaisseaux pour l’attaquer ; mais ce roi se défendit si bien qu’il rompit leur entreprise, et les contraignit de se retirer. L’Historien Lucas Tudensis remarque comme le Prophète Mahomet fut a Cordoue en Espagne semer sa doctrine, d’où il fut chassé par les Espagnols ; mais les Sarrasins entreprirent si souvent sur l’Espagne, qu’enfin ils s’en rendirent les Maîtres, ce qui arriva durant le règne de Roderic dernier roi des Visigoths. Les rois Visigoths ne tenaient pas seulement l’Espagne, et une bonne partie du Languedoc, mais encore étaient-ils Seigneur d’une Province d’Afrique voisine de l’Espagne au delà du détroit de Gibraltar, qu’on appelait Mauritanie, en laquelle ils avaient accoutumé de tenir un Gouverneur : et lors que les Espagnols furent perdues, et saisies par les Sarrasins, un nommé Julien en avait le gouvernement. Nous avons vu aussi en parlant de l’Histoire des Goths, comme les deux derniers rois Vitiza, était grandement vicieux, et tenait une vie fort désordonnée ; ce qui fut cause que Vitiza craignant que ses sujets ne se rebellassent contre lui, fit abattre les murailles de toutes les villes d’Espagne, excepté les villes de Tolède, et de Léon. Il fut aussi fort cruel, car il fit crever les yeux à Théofrede Duc de Courdoue, et à Pelage, tous deux fils et petit-fils de Chindasvinde roi des Visigoths. Roderic bannit de son royaume Farmarius et Expulio fils du roi Vitiza son prédécesseur ; lesquels étant bannis se retirèrent en Mauritanie, avec Julien Lieutenant du roi des Visigoths en ladite Province : auquel ils firent entendre le mauvais traitement qu’ils avaient reçu du roi Roderic, lequel pour comble de son malheur avait débauchée la fille du susdit Comte Julien nommée Cava, qui était nourrie dans son palais parmi les filles de la reine. Quelques-uns ont écrit qu’elle était femme et non fille de julien : toutefois Lucas Tudensis Diaconus écrit en sa Chronique qu’elle était non seulement fille de Julien, mais encore que Roderic l’avait épousée, et que depuis il la déprisa tellement qu’il l’a tenait entre ses concubines. Donc Roderic appela tellement l’ire de Dieu, à cause de sa mauvaise vie, et offensa si outrageusement tans le Comte Julien que les enfants du roi Vitiza, qu’ils complotèrent tous ensemble de venger les injures que Roderic leur avait faites, quand ils sauraient bien perdre leur religion, et leur pays, et pour parvenir à leurs desseins, ils appelèrent à leur secours les Sarrasins qui se tenaient en la Mauritanie, delà et joignant le détroit de Gibraltar. Et ayant ramassé, et rallié toutes leurs forces ensemble, et se sentant aidés de Oppa Archevêque de Tolède et de Séville, fils du roi Vitiza qui était de leur parti, et les autorisait sous main, ils commencèrent à se répandre sur l’Espagne. Il leur fut bien facile de vaincre les Espagnols, d’autant que Julien avait déjà par de secrètes menaces fait soulever ceux du pays de Languedoc contre Roderic ; auquel même il avait conseillé d’envoyer tous ses bons chevaux et armes sur les frontières de son royaume, tant du côté de Languedoc, que du côté de Gibraltar, afin qu’ayant ses frontières en bon état il demeura en assurance dans son royaume, sans que ses sujets eussent moyen de se rebeller contre lui, et lui faire la guerre ; tellement que Roderic ayant suivit le conseil de Julien, lorsqu’il fut attaqué à bon escient par les Sarrasins, se trouva sans armes et sans chevaux : ses gendarmes étant réduits à cette extrémité que de se servir pour faire la guerre de mules et mulets ; ainsi que Prudentio de Sandoval Evêque de Pampelonne a remarqué en ses Notes sur des vieux Historiens Espagnols, qu’il a faites imprimer. Donc les Espagnols se trouvant en ce mauvais état, furent si vivement attaqués par les Sarrasins, assistés du Comte Julien, et des enfants de Vitizia, que dans deux ans ils se rendirent maîtres de l’Espagne, ayant fait mourir Roderic dernier roi des Visigoths en bataille avec toute sa noblesse ; on dit que la victoire fut si débattue par les deux partis, que la bataille dura huit jours, mais enfin les Sarrasins la gagnèrent un jour de Dimanche, en l’an de Jésus-Christ 712 ; suivant la computation d’Isidore Evêque de Badajos. Toutefois la commune opinion de tous les Historiens Espagnols est, que cette bataille fut donnée en l’an 714.

VASAEUS en sa Chronique d’Espagne dit avoir trouvé un mémoire dans un très ancien manuscrit, lequel contient le temps que les Goths ont demeuré en Espagne, et l’an qu’ils en ont été chassés, d’autant qu’il sert tant à l’Histoire des Goths, que celle des Sarrasins : « AEra quadrigente coeperunt Gothi regnare usque in AEram septingente simam quadragesimam septimam, qui per trecentos quiquaginta duos annos, et menses quatuor et dies quique Hispaniam obtinuerunt, donec ingressus fuit transmarinus Dux Sarracenorum nomine Taric, qui Roderico ultimo Rege Gothorum die quinta feria, hora sexta, AEra septingentesima quadragesima octava interfecto, rotam ferè Hispaniam armis coepit. » Que si ce mémoire est véritable, ce fut l’an de Jésus-Christ 714 que les Sarrasins se rendirent maîtres de l’Espagne. Ne point omettre en ce lieu qu’Isidore Evêque de Badajos, qui a écrit son Histoire trente-huit ans après ladite bataille, ne fait aucune mention que les Sarrasins aient été appelés en Espagne par le dit Julien, ni par les enfants de Vitiza, tant ils sont jaloux de l’honneur de ceux de leurs pays ; lesquels au contraire ils ont accoutumé de louer grandement quand ils ont fait quelque chose de bien, et les excuser s’ils ont rien fait de mal ; que Sébastien Evêque de Salamanque, qui a commencé son Histoire au Roy Pelagius, et l’a continuée jusqu’à l’an 845, a bien parlé de la conspiration faite par les enfants de Vitiza contre Roderic : mais il ne fait aucune mention de Julien. Toutefois l’inscription du tombeau de Roderic qui s’est trouvé beaucoup plus entière au Portugal, que celle que Lucas Tudensis en a rapporté en sa Chronique, témoigne assez que Julien fit venir les Sarrasins en Espagne :

 

 

 

 

HIC IACET RODERICVS VLTIMVS REX GOTHORVM

MALEDICTVS  FVROR  IMPII IVLIANI  QVIA  PERTI-

NAX ,   ET  INDIGNATIO   QVIA DVRA,  VESANVS FV-

RIA,   ANIMOSVS  FVRORE,  OBLITVS  FIDELITATIS,

IMMEMOR RELIGIONIS CONTEMPTOR DIVINITATIS,

CRVDELIS IN SE, HOMICIDA IN DOMINVM, HOSTIS

IN  DOMESTICOS,  VASTATOR  IN  PATRIAM - REVS

IN OMNES, MEMORIA EIVS IN OMNI ORE AMARES-

CET,  ET  NOMEN EIVS IN AETERNVM PVTRESCET .

 

 

***

 

 

 AU TEMPS AUQUEL LES SARRASINS

ENTRE DANS LES GAULES

 

 

 

 

 

 

Les Sarrasins s’étant rendus maîtres de l’Espagne, et ne se contentant pas de la conquête de ce royaume, voulurent encore ajouter les Gaules à leur Empire, et se promirent non seulement de les conquérir avec facilité ; mais encore prennent-ils résolution de s’y loger, et y établir leur domicile. Sur cette espérance, lors qu’ils partirent d’Espagne pour conquérir l’Aquitanie, ils amenèrent avec eux leurs femmes et leurs enfants : ainsi qu’à remarqué Paul Diacre au chapitre quarante-sixième du livre sixième de son Histoire des Lombards.

Ceux qui ont parlé des conquêtes faites par les Sarrasins dans les Gaules, ne sont pas entièrement d’accord du temps auquel ils commencèrent de les attaquer ; combien qu’ils aient écrit quasi d’un commun accord, que leurs premiers efforts furent contre ceux du Languedoc ; aussi était-ce la Province qui leur était la plus voisine ; d’autant que d’Espagne à Narbonne il n’y a pas dix lieues, et dans tout ce chemin il ne se trouve aucune rivière, ou montagne qui défende le passage d’Espagne à Narbonne. Paul Diacre écrit que les Sarrasins partirent pour venir en France, dix ans après qu’ils eurent conquis l’Espagne ; alors qu’une autre Chronique n’en met que neuf. Isidore Evêque de Badajos écrit, qu’en l’ère des Espagnols sept cent cinquante-quatre, qui est l’an de Jésus-Christ 726, onze ans après la conquête d’Espagne, Sulman Miramulin ou roi des Arabes, envoya son Lieutenant Alaor en Espagne ; lequel ne se contenta pas de régler les Finances dudit royaume, mais encore rendit-il tributaire à son roi le Languedoc. Toutefois plusieurs autres Historiens d’Espagne ont noté que les Sarrasins ne tardèrent pas tant de venir aux Gaules, et attaquer la ville de Narbonne, laquelle est comme une clef des Gaules. Hyeronimo Zurita au chapitre premier du livre second des Annales d’Aragon tient pour chose certaine, comme l’ayant tirée de leurs anciennes Annales, que Zema roi des Arabes commença d’attaquer Narbonne, l’an de Jésus-Christ 715, qui est un an après qu’ils eurent conquis l’Espagne ; et Roderic Archevêque de Tolède, au chapitre dixième de son Histoire des Arabes dit, que Suliman roi des Arabes, ayant succédé à son frère Ulit, l’an quatre-vingt dix-huit des Arabes, qui est l’an de Jésus-Christ 715, envoya son Lieutenant Alaor pour envahir la ville de Narbonne et tout le Languedoc (qu’il appelle Espagne Citérieure) à cause qu’ils s’étaient rebellés contre lui. Isidore Evêque de Badajos en parlant de Zema dit : « Postremo Galiam Narbonensem suam fecit, gentemque Francorum frequentibus bellis stimulat, et seditas Sarracenorum in praedictum Narbonense Oppidum adpraesidia tuenda decenter collocat. » Ce qui se rapporte entièrement à ce que Roderic Archevêque de Tolède en dit en son Histoire des Arabes, que Isit leur roi envoya Zema pour gouverner l’Espagne : et après fit le partage tant des biens meubles que immeubles qui devaient venir au roi, avec ce qui devait être divisé et réparti entre les soldats qui étaient commis à la garde de l’Espagne, suivant les assignations qui leur avaient été données : et après fit semblable partage des tributs et impositions de Narbonne, où il laissa des Soldats choisis pour en avoir la garde.

Nous pouvons recueillir de ce discours, comme les Sarrasins ne tardèrent guère après qu’ils furent maîtres de l’Espagne de venir attaquer les Gaules, et comme ils commencèrent par le Languedoc, et que la ville de Narbonne fut la première qu’ils y assiégèrent.

Frère Etienne Barrellas Religieux de l’Ordre de Saint-François, au livre qu’il a fait imprimer à Barcelonne en Espagnol, contenant l’Histoire « Delos famofos echos del grand Comte de Barcelona, de Dom Bernardo Barcino, u de Dom Sinosfre su bijo », fait un grand discours du siège de la ville de Narbonne fait par le roi de Cordoue (Cordube), ainsi nomme-t-il le roi des Sarrasins, racontant fort particulièrement, et par le menu toutes les rencontre, aventures, et escarmouches qui arrivèrent durant le siège de la ville de Narbonne fait par ledit roi. Ce qu’il déduit fort au long depuis le quarante-troisième chapitre de son Histoire, jusqu’au cinquante-huitième, contenant en tout seize chapitres. Mais d’autant qu’il ne marque point particulièrement en quel temps fut fait ledit siège, et que le discours qu’il tient en icelui du roi Martano, et de Delphina, appartient plutôt à l(Histoire fabuleuse qu’à la véritable de ce qui s’est passé en Languedoc.

Venant donc à l’Histoire véritable des Sarrasins, dans le manuscrit l’on remarque, comme neuf ans après que les Sarrasins furent maîtres de l’Espagne, ils assiégèrent et prirent la ville de Narbonne. Voici ce qu’elle en dit : « Zema Rex Sarracenorum anno nono postquam Hispaniam ingressi sunt Narbonam obsidet, obsessamque capit virosque Civitatis illius perimi iussit, mulieres, et parunto captinos in Hispania ducunt ». Nous avons vu ci-dessus comme Isidore Evêque de Badajos, et Roderic Archevêque de Tolède avaient écrit, que Zema ayant conquis la ville de Narbonne y mit une forte garnison, tant pour la garder que pour faire la guerre aux Français. Le même Isidore Evêque de Badajos a noté dans sa Chronique, qu’en l’ère des Espagnols sept cent cinquante neuf, et l’an des Arabes cent trois, ou l’an de Jésus-Christ 721, Ambisa étant Gouverneur de l’Espagne sous le roi Isit, travailla grandement ceux du pays du Languedoc, prenant et ruinant plusieurs villes et châteaux, et redoublant le tribut que ceux du Languedoc avaient accoutumé de payer aux Sarrasins. Ce que le manuscrit écrit plus particulièrement ; car elle porte qu’il assiégea et prit la ville de Carcassonne, et qu’après cette prise tout le pays se rendit à lui par composition jusqu’à la ville de Nîmes.

Les Sarrasins ayant pris Carcassonne ne s’arrêtèrent pas là, mais vinrent aussitôt assiéger la ville de Toulouse : car Roderic Archevêque de Tolède au chapitre onzième de son Histoire des Arabes écrit, que l’an premier du régne d’Isit roi des Sarrasins, Zema son Lieutenant en Espagne vint avec une grande armée, et plusieurs machines de guerre pour assiéger le ville de Toulouse. Le manuscrit dit qu’ils prirent la ville de Narbonne ; car après avoir parlé de la prise de la ville de Narbonne il dit, « Et in ipso anno mense tertio ad obsidendam Tolosam pergunt » ; mais d’autant que les Historiens et les anciens mémoires qui parlent du siège de la ville de Toulouse fait par les Sarrasins, se trouvent entièrement contraires ; les uns écrivant qu’elle fut prise, et les autres que le siège fut levé, donc après avoir examiner un peu plus particulièrement la vérité, puisque Toulouse est la ville maîtresse et capitale du Languedoc, et la ville de la naissance de CATEL.

 

***

 

 

 

 

 

TOULOUSE ASSIEGEE PAR LES SARRASINS,

et s’il est vrai qu’elle fut prise par eux.

 

 

 

 

S’il est vrai ce qui est rapporté des Juifs et des Sarrasins, par l’Auteur de la vie de Saint Théodard, ou Audard (car on lui donne ces deux noms) Archevêque de Narbonne, on ne peut douter que la ville de Toulouse n’ait été prise par les Sarrasins : car il est dit là dedans que les Juifs qui habitaient dans la dite ville vinrent se plaindre à Charles fils de Louis (ou comme il est dit dans un autre exemplaire) à Carloman fils de l’Empereur Louis-le-Débonnaire, du mauvais traitement et oppression que l’Evêque, le Clergé, et les habitants de Toulouse leur faisaient, ce qu’ils ne pouvaient plus supporter à cause de l’ignominie : car ils avaient accoutumé de les souffleter, ou leur Avocat et Syndic publiquement trois fois l’an ; à cause de quoi ils suppliaient très humblement le roi, d’enjoindre à l’Evêque, Clergé et habitants de Toulouse, d’abolir à l’avenir cette coutume, comme ayant été introduite sans cause, contre les bonnes moeurs, et libertés à eux accordées. L’Empereur ayant entendu leur prière leur dit qu’il ne croyait pas que cette coutume eut été gardée par les Chrétiens sans quelque sujet ; mais qu’il envoierait à Richard Duc d’Aquitainie, et à Sisebode Archevêque de Narbonne d’entendre leurs plaintes, et y pourvoir suivant que la justice le requerra. Richard et Sisebode ayant reçu le commandement du roi envoyèrent aux Evêques de la Septimanie, et d’Aquitaine, de se trouver dans la ville de Toulouse, ville dépendant de la Province de Narbonne, pour assister à un Concile ou assemblée qui devait être faite en la dite ville, suivant le commandement du roi. Les Evêques qui avaient été appellés à cette assemblée, se trouvèrent à l’assignation qui leur avait été donnée, et s’étant assemblés devant la porte de Saint Etienne, Eglise Cathédrale de la dite ville ; (auquel lieu s’étaient aussi assemblés plusieurs Catholiques, et Juifs), les Juifs commencèrent devant toute cette assemblée à se plaindre de ce qu’on les souffletait ignominieusement, et ne se trouvant aucun Chrétien qui défendit cette querelle, Bernard Evêque de Toulouse fit signe à un jeune adolescent nommé Theodard de parler pour les Chrétiens ; lequel après avoir demandé congé de parler, tant à Richard grand Duc de cette Province, et Lieutenant du roi dans icelle, qu’à Sisebode Archevêque de Narbonne, auxquels le roi avait commis le jugement de ce différent ; exhiba devant toute l’assemblée les Chartes, tant de Charlemagne, que de Louis le Débonnaire son fils : lesquelles contenaient comme les Juifs avaient été condamnés par les Empereurs de souffrir cette peine, et ignominie ; d’autant qu’ils avaient été trouver volontairement, et sans contrainte Abdiran roi des Sarrasins, pour lui persuader de venir dans ce pays, et subjuguer cette Province, en exterminant les Chrétiens qu étaient dans icelle à la charge toutefois de les maintenir, et conserver en leure libertés et franchises. les mêmes chartes contenaient comme les Sarrasins, suivant l’avis qui leur avait été donné par les Juifs vinrent dans la Province, et firent passer au fil de l’épée tous les Chrétiens qui habitaient depuis les monts Pyrénées jusqu’à la ville de Lyon, ayant aussi fait mourir tous les Princes, et gentil-hommes qu’ils n’avaient peu arrêter prisonnier. Que de ce temps-là il y avait un Duc de Gascogne, et d’Aquitainie, qui était particulièrement Seigneur et Président de la ville de Toulouse nommé Waiffier, qui fut tué avec toute son armée en combattant, par les Sarrasins ; lesquels bientôt après assiégèrent et prirent la ville de Toulouse, et à cette prise les Sarrasins tuèrent les enfants de Waiffier, et tous les habitants Chrétiens de la dite ville, n’ayant conservé que les Juifs, suivant la promesse qu’il leur avait été faite de les maintenir ; lesquels demeurèrent en cet état dans Toulouse jusqu’au temps de Charlemagne, qui combattit, et vainquit Abdiran roi des Sarrasins en trois divine batailles, et les contraignit enfin de s’enfuir en Espagne, d’où ils étaient venus avec ses soldats quasi tous blessés. Que Abdiran s’étant retiré en Espagne, Charlemagne reprit toutes les Villes, Places, et Châteaux, desquelles, les Sarrasins et les Juifs, et jugea aussitôt que cette trahison commise par les Juifs contre les Chrétiens méritait d’être punie de peine capitale. Mais qu’étant ému des larmes des Juifs, et ayant compassion tant de leurs femmes que de leurs enfants, il se contenta de faire mourir les chefs de cette trahison, permettant aux autres de vivre dans Toulouse, à la charge qu’ils seraient souffletés trois fois l’an d’un seul soufflet donné par un homme puissant, devant la porte de telle Eglise qu’il plairait à l’Evêque, et ce le jour de Noël, du Vendredi Oré, et de l’Assomption de Nôtre-Dame, après avoir au préalable offert à Dieu en reconnaissance de leur méfait treize livres de cire. Ces lettres Patentes, signées tant de l’Empereur Charlemagne que des Evêques, et scellées du Sceau Royal, contenaient clause d’anathème, et excommunication contre tous ceux qui contreviendraient à icelles. Theodard ayant lu publiquement ces Lettres, les Juifs n’eurent point de langue pour y répondre ; c’est pourquoi le Duc Richard dit à l’Archevêque, et aux Evêques de l’assemblée, vous avez entendu le contenu des Lettres patentes du roi, le motif de cette ordonnance et coutume, que vous en semble-t-il ? A quoi les Evêques répondirent ; A Dieu ne plaise que nous venions contre ce qui a été justement ordonné par l’Empereur. Après tout ce discours l’Auteur de la dite vie de Saint Theodard rapporte les répliques des Juifs, disant que la peine ne devait tomber sur les enfants, et leurs successeurs, et après une longue, et ennuyeuse contestation, enfin les Juifs eurent recours à la miséricorde, et prièrent le Duc Richard, et ceux de son Conseil, de leur vouloir permettre de continuer de vivre en la forme qu’ils vivaient auparavant. De tout ce qui se passa en cette assemblée, il en fut fait procès verbal, et envoyé à l’Empereur Charlemagne pour l’informer du motif de cette coutume.

Cette vie de Saint Theodard est sans Auteur, et n’a jamais été imprimé, excepté un petit abrégé qui se trouvait dans l’Office particulier des fêtes de l’Evêché de Montauban : car bien que Saint Theodard ou Audard ait été Archevêque de Narbonne, néanmoins il était né en Aquitanie près de la ville où est maintenant Montauban ; c’est pourquoi se trouvant malade dans la ville de Narbonne, il se fit porter au pays où il était né, espérant que l’air, et le lieu de sa naissance lui aiderait à retrouver la santé, toutefois il y mourut, et fut enterré en l’Abbaye près de l’autel Saint-Martin : son tombeau fût honorablement relevé à cause de ses mérites et sainteté, et l’Abbaye pris son nom, et fût depuis appelée de Saint-Audard, ou Saint-Theodard, ainsi que l’on apprend des anciens actes qui se trouvaient dans les archives du Chapitre Saint-Etienne. Mais depuis cette Abbaye a été érigé en Evêché par le Pape Jean 22, lorsque Toulouse fût faite Archevêché.

Le nom de cette Abbaye se trouve erronément écrit dans l’Extravagance de Jean 22, portant érection de l’Evêché de Toulouse en Archevêché : car elle est appelée Sancti Theodori, dans tous les livres imprimés, bien qu’il faille dire Theodardi, ainsi qu’il est écrit dans l’original de la dite Bulle Papale. cette vie de Saint-Theodard se trouve écrite de lettre fort ancienne és archives de l’Eglise Saint-Etienne de Toulouse, mais elle n’est pas du tout entière, et une bonne partie y manque. On la trouve toutefois entière dans un grand livre manuscrit, qui était dans la Bibliothèque des Pères Saint-Dominique de Toulouse appelé Sanctorale, contenant les vies des Saints recueillies par frère Bernard Guido Religieux dudit Ordre Saint-Dominique, et depuis Evêque de Lodève. Nicolas Bertrand qui a composé les Gestes Toulousaines (homme assez diligent et curieux s’il n’eut ajouté trop de fois aux fables) avait vu cette vie, et en a transcrit quelque partie au Chapitre où il parle de la dispute faite par Saint-Theodard dans Toulouse contre les Juifs.

Cette histoire bien qu’elle ne soit pas du tout authentique, néanmoins peut être aucunement confirmée par une sentence arbitrale qui a été vue dans les archives de Saint-Eyiennen donnée par Folcrand Evêque de Toulouse en l’an 1181, sur le différent qui était entre le Sacristain de la dite Eglise Saint-Etienne, touchant la qualité du poids qu’on devait garder au paiement de la redevance de quarante quatre livres cire, que les Juifs faisaient au Chapitre Saint-Etienne, pour être employée a un cierge pour le jour de Pâques. L’on trouve aussi dans les mêmes archives une sentence donnée par l’Archevêque Jean en l’an 1319, sur la liquidation des arriérages de la rente de cire que les Juifs faisaient au Chapitre Saint-Etienne. On remarque aussi une donation ancienne dans les archives et ancien Cartulaire de Saint-Sernin, faite par Amelin Evêque de Toulouse auc Chanoines de la dite Eglise Saint-Sernin, de certain péage que l’on avait accoûtumé d’exiger des Juifs au lieu des soufflets qu’ils étaient tenus d’endurer, voici la donation.

« Notum sit omnibus quod ego Amelius Dei gracia Tolosanus Episcopus laudo et confirmo privilegia omnia, quae Dominus Gregorius Papa, Urbanus et Paschalis de libertate Ecclesia S. Saturnini quae in suburbio sita est Scribi inssit : leddam etiam quam à festivitate omnium Safestum beati Saturnini Episcopi in Burgo, pro colapho Iudaeorum datam iniustè, Canonicis auferebat absoluo, reddo, dimitto Clericis sancti Saturnini praesentibus et futuris ».

Tous ces actes semblaient marquer ce qui est dit dans ladite vie de Saint-Theodard de la redevance de cire que les Juifs avaient accoutumé de faire à l’Eglise, et par ainsi ce qui était écrit du soufflètement n’était pas une invention, il semble être vrai que Toulouse fût prise par les Sarrasins.

Toutefois tous les anciens historiens qui ont parlé du siège de Toulouse, ont écrit d’un commun consentement que le siège fût levé, et que la ville de Toulouse ne fût point prise par les Sarrasins : car Isidore Evêque de Badajos, ancien historien, et qui vivait peu de temps après que ledit siège fût fait, a écrit en sa Chronique des Arabes, parlant de Zama, ou Zema gouverneur établi en Espagne par Isit roi des Arabes, comme après avoir pris la ville de Narbonne, il fût avec de grandes forces, et avec grand nombre de machines assiéger la ville de Toulouse. Les habitants de la dite ville furent trouver Eudo qui était Duc audit pays, et ayant jointes leurs forces ensemble, ils chargèrent si rudement ledit Zema qu’ils décimèrent en bataille une partie de ses troupes, et contraignirent ceux qui restaient de s’enfuir, et Zema général de l’armée des Sarrasins demeura mort sur la place, aulieu duquel fût mis Abderan pour un mois, attendant qu’Ambysa fût arrivé, auquel le roi des Arabes avait donné le gouvernement de l’armée. Roderic Archevêque de Tolède au chapitre dix de son histoire des Arabes rapporte le siège de la ville de Toulouse, fait par les Sarrasins, quasi en mêmes termes. Tellement qu’il semble avoir emprunté ce qu’il en dit du même Evêque de Badajos. La Chronique aussi manuscrite qui a été extraite de l’Abbaye de Moissac raconte le siège de Toulouse fait par les Sarrasins, après avoir parlé de la prise de Narbonne en ces termes. « Et ipso anno, mensetertio ad obsidendam Tolosam pergunt, quam dum obsiderent, exiit obviam eis Eudo Princeps Aquitanorum, cum exercitus Aquitanorum vel Francorum, et commisit cis praelium, et dum praeliari coepissent terga virsus est exercitus Sarracenorum, maximaque pars ibi occidit gladio ».

Tous les témoignages de ces anciens Historiens font grandement douter de la vérité de cette histoire des Juifs et Sarrasins touchant la prise de Toulouse, rapportée en ladite vie, parceque là dedans il est fait non seulement mention d’un Décret  du Pape Etienne, fait au Concile de Troyes tenu (comme il est dit) du temps du roi Ode, dans lequel est parlé de Theodard Archevêque de Narbonne. Mais encore le Décret y est rapporté tout entier. Or il est certain que ce qui est écrit au commencement de ce Décret est contre la vérité de l’histoire, d’autant que le Concile de Troyes fût tenu dans la dite ville de Troyes par le Pape Jean VIII, et non par le Pape Etienne, auquel Concile fût présent le roi Louis le Débonnaire, et non le roi Ode, ainsi que nous pouvons l’apprendre de l’acte de réquisition faite par ledit Pape Jean VIII, tant au roi Louis qu’aux Evêques qui étaient présents audit Concile. Cette réquisition se trouve dans les Epîtres de Jean VIII, et en l’Epître cent quatorze. On lit aussi au chapitre trente cinq du livre cinquième d’Aymon le Moine, ou son continuateur, comme le Pape Jean étant arrivé en la ville de Lyon, envoya ses Nonces au roi Louis, pour savoir de lui le lieu où ils se pourraient commodément voir, et que depuis le roi Louis alla trouver le Pape Jean en la ville de Troyes, où il tenait le Concile. Comme aussi dans les actes du Pape Etienne, il n’est pas trouvé qu’il ait tenu aucun Concile dans la ville de Troyes, étant très certain qu’entre le Pape Jean VIII, et le Pape Etienne, il y eu deux Papes, l’un nommé Marin, et l’autre Adrian III, bien qu’ils aient été Papes fort peu de temps. Il est aussi très certain qu’au temps du Concile de Troyes, Sisebodus était Archevêque de Narbonne, et non pas Theodard duquel est fait mention dans ledit Decret : car nous trouvons parmi les Epîtres du Pape Jean Etienne, une Epître écrite à Sisebode Archevêque de Narbonne, par laquelle il le somme de se trouver au Concile de Langres, laquelle est la 98 où toutefois le nom dudit Archevêque est éronnément écrit : car au lieu de Zisebodus, il y a, Ziquibodus Archiepiscopus Narbonensis, bien  que le même Pape en l’Epître 122 qu’il lui écrit le nomme Zisebodus Archiepiscopus Narbonensis. Aussi est-il certain que Sisebode avec ses Evêques suffragants fut au Concile de Troyes, ainsi qu’il est porté par une Epître du Pape Jean VIII, faite au Concile de Troyes, extraite d’un ancien Code de collationnement de Décrets des Sérénissime Saint-Pères, laquelle est rapportée par Junon Evêque de Chartres dans son Décret, de laquelle voici le commencement qui prouve ce qui vient d’être dit. « Ioannes Episcopus feruus feuorum Dei, omnibus Episcopis, Comitibus, Vicecomitibus, Centenariis, Iudicibus Catholicis in Hispania, Gothia, Provinciis degentibus, omnique populo Occidentali Catholico salutem, et Apostolicam benedictionem. Noveritis dilectissimi filii, quia nos pro statu sanctae Dei Ecclesiae iussimus congregari Synodale Concilium apud urbem Trecas voi sedentibus nobis in corona venit ante praesentiam nostram filius noster Siseboldus, sanctae primae sedis Narbonensis Archiepiscopus cum suffragancis Episcopis ». Et ce qui s’ensuit.

Il y a bien dans ladite vie d’autres contradictions à l’histoire : car il y est dit qu’Abdiran roi des Sarrasins fut inuité par les Juifs de venir prendre Toulouse et toutes fois Isidore, évêque de Badajos, et roderic, archevêque de Tolède, asseurent que ce fut Zema ; lequel après avoir pris Narbonne, et Carcassonne, vint avec un grand appareil de guerre, et de machines, assiéger la ville de Toulouse. Il  y est dit aussi qu’Abdiran, chef des Sarrasins fit mourir en bataille Waifier, et puis ses enfants dans Toulouse ; et toutes fois tous ceux qui ont écrit du siège de cette ville remarquent, comme non seulement Eudo, aïeul de Waifier, était  vivant lors du siège de Toulouse ; mais que même il fit lever le siège aux Sarrasins qu’ils défit en bataille, et y fit laisser la vie à leur roi Zema ; joint que Waifier vêquit longtemps après : car tous les historiens sont d’accord, qu’Eudo se trouva à la grande bataille que Charles Martel donna contre les Sarrasins (732). Et d’ailleurs le continuateur d’Aymon, Regino, Adon de Vienne, et les anciennes Annales que Canisius à fait imprimer, témoignent  assez comme Pépin fit mourir Waifier étant poursuivi par Pépin, fut tué par les siens mêmes. Il est dit dans la même vie, que les Sarrasins ayant pris Toulouse, firent mourir les enfants de Waifier, les ayant trouvés dans ladite ville.

 

 Nous avons déjà dit ci-dessus comme les Sarrasins aussitôt qu’il eurent pris d’Espagne, assiégèrent et prirent la ville de Narbonne, et depuis encore ayant pris la ville de Carcassonne, tout le pays se rendit à eux, jusqu’à la ville de Nîmes. Nous apprenons du livre qu’Arnaud de Verdale, évêque de Montpellier, a écrit des évêques de Montpellier, que les Sarrasins ont tenu l’île de Maguelonne ; témoins que le Port ou Grau de ladite évêché, que dans le Roman de Pierre de Provence, et de la belle Maguelonne, le port Sarrasin. Ils ont tenu aussi les villes de Béziers, Agde et Nîmes ; comme l’on peut recueillir de ce qu’en écrit le Continuateur d’Aymon. Du Fauchet au second Tome de ses Antiquités  Françaises, a écrit que les Sarrasins lors qu’ils s’approchèrent de Toulouse, bâtirent la ville de Château-Sarrasin, distante de sept lieues de Toulouse, et à une lieue près de la ville de Moissac. Ce que je ne trouve pas vraisemblable, d’autant que les Sarrasins ne faisaient que passer, s’employant  plutôt à démolir les villes et les châteaux, qu’à faire de nouveaux bâtiments. Outre qu’en deux divers endroits du dit château, les armoiries de France se trouvent gravées ; ce qui marque assez qu’il n’a pas été bâti par les Sarrasins. Mais il y a bien plus de raison de dire que les masures et ruines d’un vieux château ou forteresse que l’on voit à une lieue de Toulouse, et que l’on nomme Castelmorou, ait été bâti par les Sarrasins, lorsqu’il vinrent avec un grand appareil de machines de guerre pour assiéger Toulouse : d’autant que non seulement aujourd’hui (époque de Catel), mais encore anciennement ceux qui voulaient assiéger une grande ville ou forteresse, faisaient bâtir des châteaux, bastides ou bastilles, tant pour incommoder  ceux qu’ils assiégeaient, que pour se mettre à couvert.

Les Sarrasins ne se contentent pas de ruiner le Languedoc, mais ils saccagent aussi l’Aquitaine, la Provence, le Dauphiné, la Province de Lyon, et la Bourgogne. Car Caelius Curio en son Histoire des Sarrasins a noté, comme ils saccagèrent la ville d’Auch en Gascogne, qui est à dix lieues de Toulouse, Agen fut aussi pris par eux, si ce qui est contenu dans l’Histoire de Turpin est véritable. Tous les anciens Historiens ont remarqué qu’ils prirent la ville de Bordeaux ; et Delurbe en sa Chronique Bordelaise a noté, comme ils brûlèrent  l’Abbaye Sainte-Croix de la dite ville, et qu’ils ruinèrent mêmes toutes les villes circonvoisines. J’ai lu, dit Catel, dans une Chronique qui m’a été envoyée de Limoges, comme les villes d’Ax, Ayre, Bayonne, Bazas, Cahors et Angoulême furent aussi prises par les Sarrasins. L’ancienne Chronique que le Sieur Pithou a faite imprimer, et tous ceux qui ont parlé des Sarrasins sont d’accord qu’ils prirent la ville de Poitiers, et que l’Eglise Saint-Hilaire fut brûlée par eux.

Quant à la Provence, nous apprenons de la vie de Saint-Guillaume du Désert, et par le roman de Guillaume au Cornès comme les Sarrasins ont tenu la ville d’Orange. Roderic, archevêque de Toulouse en son Histoire des Arabes écrit qu’Abderaman, roi des Sarrasins, prit la ville d’Arles, où il fit mourir grande quantité de Chrétiens. Ils ruinèrent aussi entièrement l’île de Lerin, où est ce célèbre Monastère Saint-Honoré de Lerin, duquel sont sortis tant de saints, et grands personnages. La ruine faite par les susdits Sarrasins de ce Monastère est écrite par Fauste, évêque de Riez, au livre qu’il a écrit De excidio Monasterii Lirinensis.

Quant à la province de Dauphiné, nous apprenons de la Chronique d’Adon de Vienne, comme les Sarrasins saccagèrent entièrement la dite province, laquelle ils mirent en tel état, que Villicarius, évêque de Vienne, voyant sa province ainsi désolée, se rendit Moine dans le Monastère Saint-Maurice en Tarentaise.

Les Sarrasins aussi désolèrent entièrement la province de Lyon, et Paradin en son Histoire de Lyon a noté, que la ville de Lyon fut saccagée par les Sarrasins ; lesquels après se mettant sur la rivière de la Saône, vinrent en la Bourgogne, où ils désolèrent les villes de Mâcon, Châlons-sur-Saône, Beaune, Autun, et Dijon ; et étant arrivés en la ville d’Auxerre, l’Archevêque de Sens fit armer tout le peuple, duquel il se rendit le chef, et attendit les Sarrasins près de Regenno, où il les combattit, avec un tel courage, qu’une bonne partie des Sarrasins furent défaits ; de quoi les Chrétiens dressèrent des trophées au champ où leurs ennemis furent vaincus. Ce qui a été la cause que ce lieu a été depuis appelé Signalet, à cause des trophées et signes de victoires que les Chrétiens y avaient bâtis, ainsi qu’a écrit ledit Paradin au chapitre dix-septième du livre second de son Histoire de Lyon, où nous pouvons voir comme les Sarrasins ont autrefois ruiné les Provinces de Languedoc, Aquitainie, Dauphiné, Lyonnois, et Bourgogne, qui font la meilleur partie des Gaules.

 

 

Bataille de Poitiers et défaite des Sarrasins par Charles Martel

 

Les Sarrasins, ces infidèles, après avoir ravagé le Périgorg, la Saintonge, l’Angoumois et le Poitou, massacré un grand nombre de chrétiens, pillé et brûlé l’église de Saint-Hilaire dans les faubourgs de Poitiers, étaient sur le point de pousser leurs ravages jusqu’à Tours, ville du domaine de Charles Martel, dans l’espérance de s’enrichir du pillage de la célèbre église de Saint-Martin, lorsque ce prince oubliant les sujets de querelle qu’il avait contre Eudes, résolut de le secourir et de faire tous ses efforts pour traverser les desseins des infidèles. Il forma une puissante armée des troupes qu’il leva à la hâte dans les trois royaumes de Neustrie, d’Austrasie et de Bourgogne ; et après avoir passé la Loire, il marcha contre Abderame, le rencontra aux environs de Poitiers, et l’empêcha de passer outre.

Les deux armées demeurèrent en présence durant sept jours sans faire aucun mouvement, et se préparèrent pendant ce temps-là au combat qui devait décider de la destinée de toute la France. L’action s’engagea un Samedi du mois d’Octobre de l’an 732. Le choc fut d’abord très violent des deux côtés ; mais enfin la victoire, après avoir balancé quelque temps, commença à se déclarer en faveur de Charles. Les soldats du Nord, suivant l’expression d’un auteur contemporain, plus forts, plus robustes et mieux disciplinés que ceux du Midi, l’emportèrent aisément sur ces derniers ; en sorte qu’on vit les  Français semblables à ces murs épais dont les pierres sont extrêmement bien liées (c’est la comparaison du même historien) combattre toujours sans pouvoir être jamais ni ébranlés, ni séparés, et se faire jour à travers les bataillons arabes dont ils firent un carnage affreux. Abderame, général de ces infidèles ayant été tué sur la place, la victoire acheva de se déclarer entièrement en faveur de Charles Martel. Les Sarrasins continuèrent cependant de se défendre avec beaucoup d’acharnement et disputèrent le terrain pied à pied ; et il y eut que la nuit qui put séparer les combattants. Chacun se retira alors dans son camp, mais avec une contenance bien différente ; les Français l’épée à la main, encore fumante du sang de leurs ennemis ; et ceux-ci honteux de leur défaite, et consternés de la perte de leur général.

Les Sarrasins se voyant extrêmement affaiblis par le nombre prodigieux de leurs morts qui étaient demeurés étendus sur le champ de bataille, prirent le parti de décamper a la faveur de la nuit. Ils laissèrent en partant leurs tentes toutes dressées pour dérober leur fuite aux Français. Charles ne s’aperçut pas en effet de leur retraite, et ils se disposait le jour suivant à livrer de grand matin un nouveau combat à ces infidèles, quand il apprit par des espions qu’ils s’étaient retirés. Ce prince parut d’autant plus mortifié de leur retraite, qu’il se flattait de remporter sur eux une nouvelle victoire. Il balança d’abord s’il devait les poursuivre ; mais dans la crainte qu’il eut de quelque feinte ou de quelque embuscade de leur part, il se contenta de piller leur camp, et après en avoir partagé les dépouilles à ses soldats, il décampa et repassa la Loire.

Après la bataille de poitiers, le reste de l’armée des Sarrasins reprit la route des Pyrénées par le Limousin, le Querci l’Albigeois et le Toulousain. Ces infidèles laissèrent dans tous ces pays de tristes marques de leur barbarie et portèrent partout la désolation ; et si le monastère de Gueret en Limousin échappa à leur fureur, il en fut uniquement redevable aux pierres de saint Pardulphe qui en était abbé. Ces infidèles se retirèrent ainsi dans la Septimanie, province soumise à leur domination et de là en Espagne.

Les Sarrasins ne furent pas longtemps sans tirer vengeance de leur défaite par la nouvelle irruption qu’ils firent l’année suivante dans les Gaules, et durand laquelle ils désolèrent toute la Bourgogne. Ces hostilités obligèrent Charles Martel de se rendre en diligence dans ce royaume pour apaiser les troubles et remédier aux maux que ces infidèles y avaient causés par leurs excursions.

Il est vrai qu’Abdelmelec, successeur d’Abderame dans le gouvernement général de l’Espagne et de la Gaule Gothique, fit quelques efforts pour réparer la honte de la défaite de ce général, et qu’il tenta d’entrer dans les Gaules pour renouveler la guerre contre les Français ; mais tous ses projets furent inutiles. Abdelmelec était un homme volent et avare qui pendant près de quatre années d’administration vexa cruellement les peuples et les livra à l’avidité des juges et des officiers des provinces. Sa négligence à venger sur les Français la défaite de son prédécesseur, lui attira des reproches très vifs de la part du calife. Sensible à ces reproches, il résolut de réparer les pertes que sa nation avait faites dans les Gaules ; il arma puissamment, partit de Cordoue à la tête de toutes ses troupes vers l’an 734, et avança vers les cols des Pyrénées qui séparent la Navarre de la Gascogne : mais il fut arrêté au passage par une petite troupe de chrétiens qui le harcelèrent vivement du haut des montagnes et des rochers où ils s’étaient rassemblés, et lui tuèrent beaucoup de monde en différentes escarmouches : ce qui l’obligea d’abandonner son entreprise et de retourner honteusement sur ses pas.

Lors de la cinquième intrusions Sarrasines dans les Gaules, c’est Jusif-Ibin-Abderame, qui gouvernait alors la Gaule Gothique ou Narbonnaise. Ce seigneur Arabe eut à peine pris possession de son gouvernement vers l’an 735, qu’il résolut de se signaler par quelque action d’éclat, et de rétablir les affaires de sa nation dans les Gaules. La situation où se trouvait alors la Provence lui en fournit une occasion favorable.

Jusif-Abderame, gouverneur de la Septimanie pour les Sarrasins, porta ses armes au-delà du Rhône, et de nombreux chrétiens tués à cette occasion, furent jetés dans le Rhône ou inhumer dans le cimetière d’Arles, où l’on voyait leurs tombeaux encore quelque temps après cette époque. Il en restait un grand nombre de pierre creusés dans le roc à une demi lieue de cette ville près de l’abbaye de Montmajour. C’est aussi sans doute, dans cette même irruption, qui dura quatre années de suite, que ces barbares ruinèrent le monastère de Lerins situé dans une île sur les côtes de Provence où ils martyrisèrent environ cinq cents religieux. On peut rapporter aussi à ce temps là, les ravages que les sarrasins commirent dans une partie de la Bourgogne à la gauche du Rhône et de la saône.

Charles Martel informé des désordres que les Sarrasins commettaient  au-delà du Rhône à la faveur de son éloignement, et de la guerre qu’il faisait alors aux Saxons, résolut d’en arrêter le cours. Il assembla avec toute la diligence possible une armée composée de Français, de Bourguignons et des autres peuples de sa domination, et l’année suivante dès que la saison le permit, il se mit en marche pour aller chasser ces infidèles des villes dont ils s’étaient emparés en provence. Il détacha d’abord le duc Childebrand son frère, avec quelques autres généraux pour investir Avignon dont ces peuples avaient fait leur principale place d’armes. Il suivit de près ce détachement avec le reste de ses troupes, et à son arrivée il assiégea cette ville dans toutes les formes, et l’emporta enfin d’assaut. Tous les Sarrasins furent passés au fil de l’épée, et la ville livrée au pillage et ensuite réduite en cendres pour la plus grande partie.

Après la prise d’Avignon, Charles passa le Rhône avec toute son armée, et entra dans la Gothie ou Septimanie dont les Sarrasins étaient les maîtres. Il traversa cette province sans que personne osât se présenter ni s’opposer à sa marche, et ayant passé comme un éclair au milieu des diocèses d’Usez, de Nîmes, de Maguelonne, d’Agde et de Béziers, il arriva devant Narbonne, dont il forma le siège. Ce prince se détermina à commencer la conquête de la Septimanie par cette place, parce que c’était la plus forte et la plus considérable de celles que les Sarrasins possédaient en deçà des Pyrénées, et qu’il avait lieu d’espérer par cette prise de chasser entièrement ces infidèles des Gaules et de leur fermer l’entrée pour jamais. Athima, général de ces peuples commandait alors un corps de troupes aux environs : mais n’osant attendre l’arrivée des Français, ni leur tenir tête, il se jeta dans Narbonne pour en prendre la défense.

Cette ville est coupée par un bras de la rivière d’Aude qui va se jeter dans un étang voisin, lequel communique avec la mer au grau de la Nouvelle qu’on nomme le port de S. Charles ; C’est à la faveur de ce canal qu’on peut faire entrer les plus grosses barques jusqu’au milieu de la ville. Charles Martel, pour empêcher les Sarrasins de recevoir du secours de ce côté-là, fit élever des fortifications en forme de tête de bélier sur les deux bords de cette rivière, forma la circonvallation et dressa ses machines contre la place.

Tandis que Charles poussait vivement ce siège, le général Ocba ou Aucupa qui commandait alors en Espagne pour les Sarrasins, averti du danger où se trouvait la ville de Narbonne, et persuadé que la conservation de tout ce qu’ils possédaient dans les Gaules dépendait de celle de cette place, résolut de la secourir. Ce général avait envoyé depuis peu en Espagne pour examiner la conduite d’Abdelmelec gouverneur de ce royaume, et l’ayant trouvé coupable d’une infinité de malversations, il l’avait fait renfermer dans une étroite prison, et avait fait punir en même temps les officiers des provinces complices de ses injustices. Il avait pris ensuite les rênes du gouvernement d’Espagne, et s’était signalé par la sévérité extrême à exiger des chrétiens dont il fit faire un nouveau dénombrement, le tribut auquel ils étaient assujettis ; par son exactitude à faire rendre la justice et punir les malfaiteurs, et par son attention à faire juger un chacun suivant les lois particulières de sa nation : ce qui prouve que les peuples de la Septimanie se maintinrent dans l’usage de leur jurisprudence sous le gouvernement des Sarrasins.

         Ocba voulant secourir la ville de Narbonne, fit partir incontinent un corps de troupes sous la conduite du général Amoroz, qui pour hâter sa marche, et éviter les passages longs et difficiles des Pyrénées, s’embarqua avec ses troupes, et arriva au port de la Nouvelle, d’où il se flattait sans doute de pouvoir remonter la rivière d’Aude : mais surpris de trouver ses bords également bien gardés et forfifiés, il prit le parti de débarquer sur la côte, et de conduire ses troupes par terre au secours de la place. Charles ne lui en donna pas le temps ; sur l’avis qu’il eut de son arrivée, (c’était un dimanche) il laissa une partie de son armée pour continuer le siège, se mit à la tête de l’autre et marcha contre les infidèles. Il les trouva campés dans une vallée des Corbières, près d’un ancien palais que les rois Visigoths avaient fait bâtir autrefois et qui portait le nom de ce pays. Amoroz s’était posté avantageusement auprès de la petite rivière de Berre  entre Ville-Salse et Sigean à demie lieue de la mer et à sept milles (13 km) au midi de Narbonne. Charles se vit à peine en présence des ennemis, qu’il les attaqua brusquement et sans presque leur donner le temps de se reconnaître. Les Sarrasins, quoique surpris, soutinrent avec toute la valeur possible le premier feu des troupes Françaises ; mais Charles ayant tué de sa main le général Amoroz, ces infidèles prennent aussitôt l’épouvante et se mettent en fuite. Les Français voyant leur déroute, les poursuivent vivement et en font un carnage horrible. Les fuyards cherchent à gagner leurs vaisseaux et se jettent avec précipitation dans l’étang voisin (Berre) pour ce sauver à la nage : mais les Français s’emparent en même temps de quelques barques, les suivent dans l’étang, et en font périr encore un grand nombre à coups de dards, ou les enfoncent dans l’eau ; en sorte qu’ils furent presque tous tués, noyés, ou faits prisonniers.  Après cette victoire, Charles Martel revint devant Narbonne, triomphant et chargé des dépouilles des infidèles.

Ce duc ne profita pas cependant tout à fait de sa victoire ; il s’ennuya de la longueur du siège de Narbonne ; et soit que la saison fût déjà avancée, et qu’on fût alors au mois d’Octobre, comme le prétend au auteur Espagnol, ou plutôt que la résistance opiniâtre du général Athima et des assiégés, lui fit désespérer de pouvoir réduire sitôt cette place également forte et bien munie, il prit le parti de décamper et de retourner en France où ses affaires l’appelaient . Il se contenta de laisser en partant quelques troupes, et de convertir le siège en blocus pour réduire cette place, s’il était possible, par la famine. Charles reprit la route du Rhône et s’empara en passant de la ville de Béziers dont il fit raser les murs et brûler les faubourgs. Il en usa de même à l’égard d’Agde, et fit détruire Maguelonne de fond en comble. Cette dernière ville était située dans une petite île, et qui servait de place d’armes aux Sarrasins par la commodité de son port et de la facilité qu’ils avaient d’y aborder en venant d’Espagne. Ils exerçaient de là impunément la piraterie et infestaient toute la côte, ce qui engagea Charles Martel, pour leur ôter cet asile, à faire raser entièrement cette place. L’évêque et le chapitre se retirèrent alors à Substantion, lieu du diocèse où ils firent leur résidence jusqu’au rétablissement de la ville de Maguelonne qui se fit trois cents ans après : l’ancienne cathédrale subsiste encore en entier, et c’est le seul monument qui reste de  cette ville. Il y a dans cette île une espèce de port qu’on appelle encore à présent le Port-Sarrasin.

Charles traita la ville de Nîmes avec moins de rigueur. Il se contenta d’en faire brûler les portes et de mettre le feu aux Arènes, c’est-à-dire à l’ancien amphithéâtre des Romains qui servait alors de forteresse, et que les flammes épargnèrent ; car il subsiste encore de nos jours presque dans son entier. Ce prince après avoir fait le dégât dans toute la Gothie, porté la désolation dans tout le pays, et en avoir fait raser toutes les forteresses pour empêcher les infidèles de s’y fortifier, obligea les habitants de lui donner des otages pour s’assurer de leur fidélité, et retourna en France également chargé des dépouilles des Sarrasins et de celles de cette infortunée province qui se vit alors aussi maltraitée par les chrétiens, qu’elle l’avait été auparavant par infidèles.

Il est aisé de comprendre par ce que nous venons de rapporter, que Charles Martel ravagea la Septimanie plutôt qu’il ne la soumit à son obéissance. Il est certain que malgré la précaution qu’il prit d’emmener avec lui les otages des villes principales, le pays ne reconnaissait plus son autorité peu de temps après, soit que les Sarrasins eussent repris cette province d’abord après son départ, ou que les peuples du pays se voyant délivrés de la tyrannie de ces infidèles, se fussent mis en liberté ; ce qui nous donne lieu de faire à ce sujet la même réflexion qu’un de nos plus savants historiens a déjà faite à l’occasion des victoires que Charles remporta sur les Saxons, et dont par trop de précipitation il perdit le fruit principal qui devait être la soumission des peuples et des provinces où il portait ses armes. Ce fameux capitaine fondait d’abord comme un torrent impétueux dans les pays qu’il voulait ou conquérir ou remettre sous son obéissance, sans que rien ne fut capable d’arrêter la rapidité de sa course : mais content de gagner des batailles, de battre ou de réduire les rebelles, de vaincre ses ennemis, de mettre les provinces à feu et à sang, et de se charger des dépouilles des villes qu’il avait ruinées, il revenait ensuite avec la même vitesse sans prendre la précaution d’assurer ses conquêtes ou par la réduction des places fortes, ou par de bonnes garnisons dans celles dont il s’était rendu maître : ce qui faisait que ces peuples rebelles conservant toujours dans leur cœur l’amour de l’indépendance, se soulevaient à la première occasion, que les ennemis cherchaient à se venger des maux qu’il leur avait faits, et que les uns et les autres portaient à leur tour la désolation dans les provinces du royaume, tandis que ce prince occupé ailleurs était hors d’état d’arrêter leurs entreprises.

 

Nouvelles entreprises de ces infidèles dans les Gaules

 

La mort du roi Thierry IV, qui arriva au mois de Septembre de l’an 737, fut sans doute un des principaux motifs qui engagèrent Charles Martel à abandonner le siège de Narbonne dont la conquête lui aurait assuré celle de toute la Septimanie. Ce ministre craignant sans doute que malgré l’autorité souveraine dont il s’était emparé, il n’arrivât après la mort de ce roi quelque révolution dans le royaume pendant son absence, jugea à propos de se rendre en diligence à la cour, et contint dans le devoir par sa seule présence tous ceux qui auraient eu envie de remuer. Voyant enfin que son pouvoir était parfaitement affermi, il laissa le trône vacant, quoiqu’il y eut encore des princes de la race royale en état de le remplir, et il régna seul le reste de ses jours sous le titre de duc ou prince des Français.

Une nouvelle révolte des Saxons l’ayant obligé de passer le Rhin la campagne suivante (an 738), les Sarrasins profitèrent de son absence pour faire de nouvelles entreprises dans les Gaules. Ocba, gouverneur d’Espagne pour rétablir les affaires de sa nation dans la Septimanie, partit de Cordoue et s’avança vers cette province avec une armée formidable : mais sur l’avis qu’il reçut à Saragosse que les Maures s’étaient révoltés dans toute l’Afrique contre les Arabes leurs vainqueurs, et qu’ils avaient remporté divers avantages sur eux, il rebroussa chemin avec toutes ses forces, retourna à Cordoue, passa ensuite la mer et soumit enfin les rebelles d’Afrique, ce qui fit échouer ses desseins sur la France.

Diverses provinces de ce royaume n’en furent pas moins exposés aux ravages des infidèles : ceux d’entre eux  qui s’étaient cantonnés au-delà  du Rhône firent de nouvelles courses le long de ce fleuve et dans la province d’Arles sous le commandement de Jusif dont on a déjà parlé, et qui, à ce qu’il paraît, s’était maintenu dans Arles et dans plusieurs autres villes situées dans les montagnes de Provence sous la protection du duc Mauronte son allié et maître de tout ce pays jusqu’à la Méditerranée. Ces excursions que les Sarrasins renouvellèrent l’année suivante (an 739), firent enfin résoudre Charles Martel à se mettre en marche pour dompter une bonne fois les rebelles de Provence et pour chasser entièrement les infidèles de ce pays. Il fit prendre les devant au duc Childebrand son frère et à la plupart des autres ducs ou comtes qui servaient dans son armée, et se rendit bientôt après lui-même à Avignon où était le rendez-vous général.

 

 

Les Sarrasins chassés de la Provence par Charles Martel

 

Ce prince après avoir rassemblé ses troupes aux environs de cette ville (Avignon), marcha contre Mauronte et les Sarrasins. Pour réduire plus aisément les rebelles qui occupaient toutes les montagnes jusqu’aux frontières d’Italie où régnait alors Luitprand, roi des Lombards, il engagea ce prince à venir lui-même en personne à son secours. En effet tandis que Charles agissait du côté du Rhône et le long de la côte avec l’armée Française, Luitprand attaqua le duc Mauronte dans les défilés des montagnes avec toutes ses forces, le mit en fuite et le poursuivit jusques dans les cavernes des rochers voisins de la mer où il fut obligé de se cacher. Enfin les Sarrasins n’osant se mesurer avec les Français et les Lombards, prirent le parti de repasser le Rhône. L’heureux succès de cette expédition acquit à Charles toute la Provence jusqu’à Marseille et au pays situé le long de la mer qu’il soumit à son obéissance ; il mit fin par là aux ravages que les infidèles avaient faits pendant quatre années de suite dans les provinces de au-delà du Rhône. Il paraît qu’ils n’osèrent plus rien entreprendre dans la suite au-delà de ce fleuve, et qu’ils ne passèrent plus les bornes des pays qu’ils conservèrent encore dans la Septimanie, et d’où Charles ne se mit pas en peine de les chasser. Leur puissance diminua d’ailleurs de jour en jour par les divisions et les guerres intestines qui s’élevèrent parmi eux en Espagne, et qui les mirent hors d’état de tenter de nouvelles entreprises dans les autres provinces de France.

 

 

 

 

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